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Municipales 2026

Municipales 2026 à Pau : Le crépuscule d'un lion et l'éveil d'une cité sous tension

Municipales 2026 à Pau : François Bayrou brigue un troisième mandat dans un climat de tensions autour de la dette, de la sécurité et de l’affaire Bétharram. Analyse des enjeux et des candidats déclarés.

Par Jacques FROISSANT
Publié il y a 28 févr.
9 min de lecture
Municipales 2026 à Pau : Le crépuscule d'un lion et l'éveil d'une cité sous tension
Municipales 2026 à Pau

La cité royale de Pau s'apprête à vivre un tournant majeur de son histoire contemporaine. Les élections municipales des 15 et 22 mars 2026 ne sont pas simplement une échéance électorale locale de plus ; elles représentent le procès à ciel ouvert de douze années de « bayrouisme » sans partage. Au pied des Pyrénées, le lion du Béarn, François Bayrou, tente de soigner sa blessure après une chute brutale de Matignon, tout en faisant face à une ville qui ne se reconnaît plus tout à fait dans ses grands chantiers de prestige

Contexte local : une métamorphose entre prestige et saturation

Pour comprendre l'état de Pau en 2026, il faut d'abord lever les yeux sur la forêt d'échafaudages qui a redessiné la silhouette de la ville depuis 2014. François Bayrou a bâti son bilan sur un concept marketing puissant : la « métamorphose ». Cette stratégie visait à sortir la ville de sa torpeur provinciale pour en faire une « capitale européenne », attractive pour les investisseurs et les nouveaux résidents.

Si les chiffres de la population donnent raison à cette ambition avec un gain notable de 1 821 habitants en 2025 portant la population à près de 78 400 âmes (source INSEE), la réalité vécue par les Palois est beaucoup plus nuancée.

La revitalisation du centre-ville est le navire amiral de cette politique. Le projet des Galeries, phare commercial dégradé par un incendie en 2016, symbolise l'acharnement du maire à redonner du lustre au cœur historique. Mais ce volontarisme a un coût social et psychologique : celui de la saturation. Les commerçants du centre-ville expriment une lassitude profonde face à l'incessante succession de travaux. Les rues Sully, Marcel-Barthe ou encore le quartier de la Monnaie ont été le théâtre de chantiers interminables qui ont, par endroits, asphyxié le commerce de proximité.

L'héritage d'André Labarrère, maire pendant 35 ans, s'est effacé au profit d'une gestion jugée plus verticale et technocratique. Là où Labarrère pratiquait une politique de proximité charnelle, Bayrou est accusé de gouverner depuis une tour d'ivoire, souvent distrait par les sirènes de la politique nationale. Cette déconnexion est au cœur du ressentiment d'une partie de la population qui voit dans les grands équipements culturels ou sportifs une forme d'autocélébration plutôt qu'une réponse aux besoins quotidiens.

"Rendre la ville à ses habitants, assainir les comptes et restaurer une autorité morale que le cynisme politique national a sérieusement écornée."

Aménagement du territoire : résilience à l'épreuve du climat

La municipalité a tenté d'anticiper les enjeux de la transition écologique, mais ses détracteurs dénoncent une écologie de vitrine. Si la plantation de 1 000 arbres durant l'hiver 2025 est mise en avant par la communication municipale, les opposants comme Jean-François Blanco pointent l'absence d'une véritable ambition pour adapter la ville aux canicules de demain. La création d'une Zone à Faibles Émissions (ZFE) dès 2025 a révélé une fracture sociale béante entre les actifs possédant des véhicules anciens et une mairie pressée de décarboner.

Le logement social reste un point de friction. Alors que les besoins explosent en raison de la précarisation d'une partie de la classe moyenne, la ville se concentre sur des réhabilitations de l'habitat ancien dans le centre, parfois au détriment d'une mixité sociale réelle. La Politique de la Ville, structurée autour du contrat « Engagements quartiers 2030 », tente de compenser ce déséquilibre, mais les résultats peinent à convaincre les habitants des QPV qui se sentent citoyens de seconde zone.

Les enjeux du scrutin : sécurité, finances et le spectre de Bétharram

L'affaire Notre-Dame de Bétharram

Le scrutin de 2026 est hanté par un dossier dont la violence symbolique dépasse les frontières du Béarn : l'affaire Notre-Dame de Bétharram. Ce scandale de violences physiques et sexuelles systémiques au sein de l'institution catholique éponyme a frappé de plein fouet François Bayrou, l'accusant de complicité par le silence durant ses années passées au sommet de l'État et du département.

L'opposition, emmenée par l'avocat pugnace Jean-François Blanco, a transformé chaque séance du conseil municipal en un tribunal moral. La fermeture officielle de l'institution en janvier 2026 n'a pas clos le débat ; au contraire, elle en a fait un enjeu de mémoire collective. Ce dossier fragilise le socle moral de la candidature de Bayrou à un troisième mandat, particulièrement auprès d'un électorat catholique social et d'une jeunesse sensible aux enjeux de protection de l'enfance.

Sécurité et ordre public

La sécurité s'est imposée comme la priorité numéro un des électeurs palois, devançant même le pouvoir d'achat et l'écologie. François Bayrou a répondu par une politique de « muscles » : le passage de 12 à 72 policiers municipaux et leur armement ont été les marqueurs de son second mandat. Pourtant, l'insécurité ne semble pas refluer dans les quartiers, et le narcotrafic gagne du terrain.

Finances publiques : la facture salée de la métamorphose

Le procès en gestion comptable est l'autre grand front ouvert. Philippe Arraou, expert-comptable respecté et ancien colistier de Bayrou, a publié une analyse dévastatrice montrant que l'endettement de la ville a été multiplié par deux en dix ans. Avec une dette par habitant de 1 383 € en 2024, Pau dépasse la moyenne des villes de sa catégorie.

Plus inquiétant encore, la pression fiscale à Pau est supérieure de près de 17 % à celle de la moyenne, rendant la ville peu compétitive pour les familles modestes. L'image d'un maire demandant des sacrifices au niveau national tout en dépensant sans compter pour sa « mairie-vitrine » est un poison lent pour sa campagne

Données financières (2024)Valeur PauMoyenne strateÉcart
Dette par habitant1 383 €1 322 €+4,61 %
Pression fiscaleIndice élevéIndice moyen+16,88 %
Rigidité structurelle49 %56 %-12,72 %
Charges de personnel / hab.774 €Élevé

Municipales 2026 à Pau : les candidats déclarés

Cette fragmentation se retrouve pleinement dans la liste des candidats aujourd’hui déclarés. Attention : candidat déclaré ne signifie pas liste définitivement déposée en préfecture. Des alliances, retraits ou fusions restent possibles jusqu’au dépôt officiel.

Sept listes sont aujourd’hui déclarées à Pau pour les municipales 2026. La fragmentation est inédite depuis 2008.

Les poids lourds

François Bayrou (MoDem – Majorité sortante) :
Maire depuis 2014, figure nationale du centre, il brigue un nouveau mandat. Il met en avant la transformation du centre-ville, les Halles, le Foirail et les grands équipements. Ses opposants ciblent la dette, la fiscalité et une gouvernance jugée verticale.

Jérôme Marbot (PS – Union de la gauche) :
Chef de file de l’opposition municipale, il conduit une liste d’union de la gauche en ayant réussi à rassembler PS, PCF et Ecologistes. Il promet la fin du « système Bayrou », avec un accent sur le logement abordable, les services publics et la justice sociale.

Philippe Arraou (Divers centre – société civile) :
Ancien président du Conseil supérieur de l’Ordre des experts-comptables, il incarne une alternative gestionnaire et locale. Son angle est clair : priorité à Pau et rigueur budgétaire.

Les candidatures transversales et citoyennes

Pascal Boniface (« Pau c’est vous ») :
Il revendique l’héritage municipal d’André Labarrère et promet une gouvernance plus participative. Sa liste se veut représentative de tous les quartiers et transpartisane.

La gauche alternative

Jean-François Blanco (La France Insoumise) :
Il mène une liste distincte du PS. Son discours cible les « oubliés » de la politique municipale actuelle et refuse une union automatique à gauche.

Cyrille Marconi (Lutte Ouvrière) :
Il conduit une liste d’expression politique centrée sur la défense des travailleurs et la dénonciation des inégalités locales.

La droite nationale

Margaux Taillefer (Rassemblement National) :
À Pau, le RN apparaît peu structuré. Une tête de liste encore zemmouriste il y a peu. Une Anne Castéra passée de la gauche (PRG) au RN après avoir occupé presque toutes les positions du jeu politique local. Difficile d’y voir autre chose qu’un bal des opportunistes plutôt qu’un mouvement solidement implanté.

Dynamiques de campagne : l'ombre de la participation

Dans une ville où l'abstention a atteint 65 % en 2020, le véritable arbitre du scrutin sera le citoyen qui ne vote pas. François Bayrou dispose d'un électorat fidèle mais âgé. À l'inverse, Jérôme Marbot et Jean-François Blanco doivent convaincre les jeunes et les familles des quartiers populaires de reprendre le chemin des urnes.

La domination de François Bayrou a longtemps reposé sur l'absence d'une alternative crédible et unie. En 2026, ce paysage change, même si les vieux démons de la gauche et les ambitions personnelles de la droite compliquent la donne. Les premiers sondages de février 2026 le placent toujours en tête, bénéficiant d'une prime au sortant et d'un électorat âgé. Sa stratégie de survie repose sur une dramatisation du scrutin : « Moi ou le chaos ».

Les thématiques transversales émergent également. La condition animale est devenue un marqueur de modernité politique. L'aspect Smart City et la dématérialisation des services publics, portés par Arraou, interrogent sur la fracture numérique au sein d'une population paloise qui vieillit. La capacité de chaque candidat à réhumaniser la technologie dans la gestion urbaine sera un facteur de différenciation crucial dans les dernières semaines.

Municipales à Pau : une cité à la croisée des chemins

Pau n'est plus la ville tranquille qu'André Labarrère a léguée. Elle est devenue un espace de tensions électriques où la splendeur des façades restaurées peine à masquer les crevasses morales et financières. François Bayrou, en cherchant un troisième mandat, ne cherche pas seulement à gérer une commune ; il cherche une réhabilitation historique. Mais son bilan est grevé par une verticalité qui a fini par lasser et par un silence sur les drames de Bétharram qui a fini par heurter.

L'opposition est plus musclée, plus documentée, mais toujours en proie à ses vieux démons de division. Jérôme Marbot a l'ossature d'un maire de transition, capable de calmer le jeu, tandis que Jean-François Blanco reste l'épine nécessaire qui force la ville à regarder ses zones d'ombre. Les faits marquants de 2026 — la fermeture de Bétharram et le procès en endettement — ont brisé le récit idyllique de la « métamorphose ».

Le verdict de mars 2026 dira si Pau choisit de rester la vitrine d'un homme d'État ou si elle redevient une cité vécue par et pour ses citoyens.


Source : AQUI.Media — Analyse des municipales 2026 dans les grandes villes de Nouvelle-Aquitaine · Données arrêtées au 25 février 2026

JA

Par Jacques FROISSANT

Directeur de la publication

Bordelais, œnologue, tout allait bien… jusqu’à ce que je dérape dans l’entrepreneuriat RH pour les startups. 😉 Auteur et chroniqueur (L’Express, FrenchWeb, France 3 NOA...), je suis aujourd’hui cofondateur et rédacteur en chef d’AQUI.Media

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