Municipales 2026 à La Rochelle : succession sous tension, crise du logement et fin d’un système ?
À La Rochelle, les municipales 2026 prennent des allures de référendum sur l’héritage Fountaine. Succession contestée, crise du logement, fracture sociale et backlash écologique : la ville vitrine vacille.

Les 15 et 22 mars 2026, La Rochelle ne se contentera pas de choisir un maire. Elle arbitrera la mise à l'épreuve d'un système et l'avenir d'un modèle de cité-vitrine que beaucoup jugent aujourd'hui à bout de souffle. Entre une passation de pouvoir aux airs de « manœuvre monarchique » et une crise immobilière qui exile les classes moyennes, la « perle de l'Atlantique » se fissure.
Le paysage politique rochelais a été foudroyé le 6 juin 2025. Jean-François Fountaine, figure tutélaire de la croissance économique locale, annonçait sa démission anticipée, remettant les clés de l'Hôtel de Ville à son dauphin, Thibaut Guiraud. Cette opération ne saurait être lue comme une simple transmission technique : c’est une stratégie de survie visant à installer un héritier avant que l’usure du pouvoir ne devienne un handicap insurmontable pour 2026.
Une "pantalonnade" au cœur du pouvoir : le sacre fragile de Thibaut Guiraud
L'élection de Thibaut Guiraud par le conseil municipal, le 16 juin 2025, a tourné à l'affrontement. Dans une atmosphère électrique, les groupes d'opposition ont refusé de participer au vote, dénonçant un déni de démocratie. Franck Coupeau fustigeait une démission en « trompe-l’œil », tandis qu’Olivier Falorni, ennemi juré du clan Fountaine, qualifiait la séance de « pantalonnade ».
Le résultat parle de lui-même : Guiraud a été élu avec 24 voix sur 49 membres (35 votants), soit même pas la majorité absolue de l'hémicycle. Ce péché originel fragilise sa légitimité. Juridiquement incontestable, politiquement fragile, cette élection à la majorité relative installe d’emblée un doute sur sa légitimité. D’autant que Jean-François Fountaine, 74 ans, conserve la présidence stratégique de la Communauté d’Agglomération (CdA), maintenant ainsi Guiraud dans un rôle perçu par beaucoup comme celui d'un « maire intérimaire » ou d'une « marionnette » chargée d'assurer le cap.
Pourquoi la crise du logement peut-elle décider des municipales 2026 à La Rochelle ?
À La Rochelle, se loger est devenu un sport de luxe, créant une ville à deux vitesses qui rappelle le choc entre vitrine touristique et réalité sociale observé à Biarritz. La ville compte désormais plus de 6 000 meublés de tourisme, soit 11 % de son parc total, tandis que 11 500 demandeurs de logements sociaux attendent toujours une réponse. Le ratio est brutal : 6,4 demandes pour une seule attribution.
Le bras de fer engagé par l'agglomération contre Airbnb a trouvé son épilogue juridique le 26 septembre 2025. Le tribunal administratif de Poitiers a validé un règlement draconien imposant la compensation (créer un logement pérenne pour chaque meublé touristique ouvert). Mais cette « victoire » municipale est un couteau à double tranchant. Si elle satisfait les mal-logés, elle déclenche la colère des petits propriétaires qui y voient une atteinte au droit de propriété.
Thibaut Guiraud tente de désamorcer la bombe avec un pari risqué : financer la rénovation de 850 logements vacants en échange d'un plafonnement des loyers. Mais dans une ville où les réserves foncières sont épuisées, cette politique de "dentelle" peine à masquer l'absence d'une stratégie massive de construction neuve, sacrifiée sur l'autel de la densification contestée. La production annuelle moyenne de logements neufs reste inférieure aux besoins estimés par l’INSEE pour absorber la croissance démographique de l’agglomération.
Écologie et Mobilité : le vernis craquelé du "Zéro Carbone"
La Rochelle s'est vendue comme le premier « Territoire Zéro Carbone » de France, un projet de programme agressif doté d’un budget cumulé d’environ 82 M€ sur plusieurs exercices. Mais sur le terrain, cette transition est de plus en plus vécue comme une exclusion bureaucratique. Comme à Bordeaux ou Limoges, la "porcelaine se fissure" dès qu'on touche au quotidien.
La fermeture du centre-ville aux voitures et la promotion du vélo ont créé une fracture entre les « urbains » du centre et les « pendulaires » des quartiers périphériques comme Mireuil ou Villeneuve-les-Salines. Le sentiment dominant est celui d'une ville qui se referme sur une élite. Le projet de « RER Rochelais » avec ses 9 gares, censé être la solution miracle, reste l'Arlésienne de la campagne, sa faisabilité financière étant régulièrement jugée "exorbitante". C'est le syndrome du "backlash écologique" : quand la transition devient un coût financier et moral injuste, elle devient un levier pour les populismes.
Les quartiers dans l'ombre : le décrochage social
Derrière les cartes postales du Vieux-Port, les centres sociaux rochelais tirent la sonnette d'alarme. Historiquement, la ville a délégué des compétences majeures (crèches, périscolaire) à sept structures associatives aujourd'hui à bout de souffle. Avec seulement 142 places en crèche collective pour des milliers de demandes, la pénurie est totale.
Cette fragilité sociale nourrit un sentiment d'insécurité, nouveau tabou local. Longtemps ignorée, la thématique s'impose en 2026, alimentée par les trafics dans les quartiers populaires et les incivilités nocturnes en centre-ville. Thibaut Guiraud et Olivier Falorni promettent tous deux un renforcement de la police municipale, une dérive sécuritaire assumée par crainte de voir le Rassemblement National capter le mécontentement.
Municipales 2026 à La Rochelle : les candidats déclarés
Cette fragmentation se retrouve pleinement dans la liste des candidats aujourd’hui déclarés. Attention, candidat déclaré ne signifie pas liste définitivement déposée. Les recompositions, alliances tardives et retraits stratégiques restent possibles jusqu’au bout.
Les poids lourds des Municipales 2026 à La Rochelle
Thibaut Guiraud (Générations La Rochelle – Majorité sortante) : Maire sortant depuis sa désignation "flash" en 2025, il repart avec l'appui du noyau dur fountainiste. Sa campagne, axée sur le « changement dans la continuité », tente de lisser une image jugée trop technocratique. Il mise sur la proximité et le sport (ralliement de Gaëtan Clerc) pour compenser un déficit de notoriété face aux vieux briscards.
Olivier Falorni (Pour les Rochelaises et les Rochelais – Divers Gauche / Centre) : Le député, battu de justesse en 2020, revient avec une machine de guerre électorale rodée. Soutenu par Bernard Cazeneuve et Raphaël Glucksmann, il incarne la « réconciliation » face à ce qu'il nomme le clan de l'Hôtel de Ville. Son positionnement est clair : un humanisme social et sécuritaire pour capter les déçus de la majorité et la classe moyenne exilée.
Jean-Philippe Fessard (Majorité Présidentielle) : Candidat soutenu par les instances centrales de Renaissance, il tente d'imposer une voix libérale dans ce bastion de gauche. Son défi est immense : exister entre un maire sortant qui a longtemps flirté avec la macronie et un Falorni qui ratisse large au centre.
La gauche sociale et écologiste
Maryline Simoné (Union de la Gauche - PS / Les Écologistes) : Elle incarne la rupture avec le "système Fountaine". Son programme est offensif : gratuité des transports pour les moins de 25 ans, blocage strict des loyers et investissement massif dans les services publics (crèches) pour stopper la délégation au secteur associatif à bout de souffle.
Véronique Bonnet (La France Insoumise) : Chef de file LFI, elle refuse l'union avec le PS et les Verts, dénonçant une gauche locale trop proche des intérêts économiques. Elle porte un discours de rupture radicale sur le logement et la gestion de l'eau.
Antoine Colin (Lutte Ouvrière) : Enseignant-chercheur, il mène la liste "Le camp des travailleurs". Présence constante pour rappeler la réalité de la précarité rochelaise derrière le faste des paquebots de croisière.
Les candidatures de rupture
Séverine Werbrouck (Rassemblement National) : La "parachutée" d'Oléron tente d'imposer un discours d'ordre, mais son dossier accumule les accrocs. Entre des recours juridiques jugés irrecevables par le Conseil constitutionnel en 2017 et des "oublis" persistants dans ses déclarations à la HATVP, son profil de gestionnaire exemplaire vacille. Fidèle de la première heure à la ligne historique du FN, elle est régulièrement pointée du doigt pour sa complaisance envers les franges les plus radicales du mouvement en Charente-Maritime.
Bruno Parrens-Bac (Ensemble pour La Rochelle – Liste citoyenne) : Surnommé "Papy", cet ancien sans-abri est la figure de proue de la liste citoyenne menée par Jaouad El Marbouh. Il incarne le visage de l'exclusion rochelaise et réclame la réquisition des 850 logements vacants identifiés.
La Rochelle ou le crépuscule des certitudes
Au terme de cette analyse des Municipales 2026 à La Rochelle, la ville se trouve à la croisée des chemins. Le modèle de gouvernance instauré par Jean-François Fountaine est contesté comme jamais, miné par des conflits de légitimité manifestes. Si Thibaut Guiraud ne parvient pas à incarner un souffle nouveau, Olivier Falorni semble le mieux placé pour briser le verrou. À moins que l’union de la gauche ne crée la surprise en capitalisant sur la colère sociale. Une chose est sûre : le « feu créatif » de La Rochelle risque fort de brûler les ailes de ceux qui auront sous-estimé la dépossession identitaire des habitants au profit de la vitrine touristique.
AQUI.Media analyse les municipales 2026 dans les grandes villes de Nouvelle-Aquitaine : enjeux, forces en présence et dynamiques politiques.
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Sources et Données :
Tribunal administratif de Poitiers, décision du 26 septembre 2025 sur les meublés de tourisme.
Observatoire de l'Habitat de l'Agglomération de La Rochelle, rapport annuel 2025 (11 500 demandes de HLM).
Décret du 27 août 2025 portant convocation des électeurs pour les 15 et 22 mars 2026.
Procès-verbal du Conseil Municipal de La Rochelle, séance du 16 juin 2025 (élection de T. Guiraud avec 24 voix).
Données démographiques et sociales : INSEE et budgets municipaux 2025.
Mots-clés :
Par Jacques FROISSANT
Directeur de la publication
Bordelais, œnologue, tout allait bien… jusqu’à ce que je dérape dans l’entrepreneuriat RH pour les startups. 😉 Auteur et chroniqueur (L’Express, FrenchWeb, France 3 NOA...), je suis aujourd’hui cofondateur et rédacteur en chef d’AQUI.Media
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