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Politique

Municipales 2026 à Dax : l'heure du bilan pour Julien Dubois face à une opposition vent debout

À Dax, les municipales 2026 se jouent sur un bilan sous tension : thermalisme fragilisé, sécurité clivante, hôpital marqué par la cyberattaque et crise à l’US Dax. Julien Dubois face à une opposition déterminée.

Par Jacques FROISSANT
Publié il y a 13 févr.
10 min de lecture
Municipales 2026 à Dax : l'heure du bilan pour Julien Dubois face à une opposition vent debout
Municipales 2026 à Dax

A Dax, ville d'eau et de rugby, après six années d'une mandature marquée par des crises exogènes brutales, cyberattaque de l'hôpital, déclin du thermalisme post-pandémique, et des choix politiques clivants en matière de sécurité, le maire sortant Julien Dubois (Horizons) doit désormais défendre un bilan que ses détracteurs qualifient de façade, tandis que ses partisans y voient le réveil nécessaire d'une ville autrefois endormie.

Ainsi, Julien Dubois joue bien plus qu’un second mandat : il joue la validation d’une méthode.

Un thermalisme en convalescence : le moteur économique dacquois sous tension

Le thermalisme, véritable colonne vertébrale de l'économie locale, constitue le premier grand champ de bataille de cette campagne. Les chiffres sont sans appel : Dax a perdu environ 15 000 curistes annuels par rapport à la période pré-COVID, ce qui se traduit par un manque à gagner estimé à 36 millions d'euros. Cette hémorragie irrigue négativement l'hôtellerie, la restauration et le petit commerce de centre-ville.

L'opposition accuse la municipalité d'avoir manqué de réactivité face aux instances nationales. À l'inverse, Julien Dubois revendique une action de lobbying intense et soutient que Dax a mieux résisté que d'autres grâce à sa politique de rénovation du centre-ville. La baisse de la vacance commerciale est présentée comme la preuve de cette stratégie de « choc d'attractivité ». Pourtant, le sentiment d'une ville qui peine à retrouver sa splendeur d'antan persiste, alimentant le récit d'un déclin que la gauche entend bien exploiter.

Cette trop grande dépendance au Thermalisme, n'est elle pas justement le véritable enjeu ?

Indicateurs économiques Dax - Données Mandature 2020-2026

Perte de fréquentation thermale : - 15 000 curistes
Impact financier estimé : - 36 millions €
Taux de chômage (2025) : 7 %
Population légale (2024) : 22 109 habitants
Croissance démographique annuelle : + 393 habitants

Dax / Mont-de-Marsan

À une cinquantaine de kilomètres, Mont-de-Marsan offre un contraste instructif. Préfecture des Landes, la ville s’appuie sur une base économique plus diversifiée : fonctions administratives, présence militaire avec la base aérienne 118, tissu de PME industrielles et tertiaires.

Là où Dax demeure structurellement liée au thermalisme, Mont-de-Marsan amortit mieux les chocs sectoriels grâce à cette pluralité d’ancrages. La comparaison n’est pas anodine dans la campagne : elle nourrit, en creux, l’interrogation sur la vulnérabilité dacquoise et sur la nécessité ou non de repenser en profondeur son modèle de développement.

La sécurité, le fer de lance de Julien Dubois : efficacité réelle ou posture électorale ?

S'il est un domaine où la rupture avec l'ère socialiste de Gabriel Bellocq a été la plus nette, c'est bien celui de la sécurité. Dès son élection en 2020, Julien Dubois a fait de la « tranquillité publique » son cheval de bataille avec le déploiement de 49 caméras de vidéoprotection supplémentaires et l'armement de la police municipale.

La critique de Viviane Loumé-Seixo est frontale. Elle pointe l'augmentation des crimes et délits pour conclure à l'échec d'une politique qu'elle juge purement répressive. Le débat s'articule autour d'une opposition idéologique classique : là où le maire voit de la dissuasion et du pragmatisme, l'opposition dénonce une dérive sécuritaire au détriment de la prévention. Julien Dubois affirme avoir augmenté les moyens du centre social de 300 000 euros par an. Pourtant, l'opposition fait état d'un manque criant d'animateurs dans les quartiers prioritaires comme Cuyès.

Le Centre Hospitalier de Dax : le traumatisme de la cyberattaque et la plaie financière

L'histoire de cette mandature restera marquée par le mois de février 2021, lorsque le système d'information de l'Hôpital de Dax a été pris en otage par un ransomware. Cet événement, d'une violence technologique inédite, a eu des répercussions durables sur l'offre de soins et sur les finances de l'établissement.

Le déficit a culminé à 21 millions d'euros il y a deux ans, provoquant un changement de direction et une restructuration forcée. Julien Dubois se réjouit de voir le déficit ramené à 11 millions d'euros, y voyant le signe d'une gestion rigoureuse enfin retrouvée. Néanmoins, l'opposition et les syndicats hospitaliers s'interrogent sur le coût humain de ce redressement. Pour les électeurs, l'enjeu est de savoir si la municipalité a véritablement les leviers pour garantir un service public de santé de qualité. La cybersécurité sera l'un des thèmes techniques sur lesquels les candidats devront apporter des garanties de compétence.

Reste une question que personne n’aborde frontalement : une municipalité peut-elle réellement peser sur un hôpital dont les décisions stratégiques se jouent ailleurs ?

L'US Dax : le rugby comme métaphore du chaos de gouvernance

À Dax, le rugby n'est pas qu'un sport, c'est un marqueur de puissance politique et d'identité territoriale. Or, l'année 2025 a été celle de tous les dangers pour l'US Dax (USD). La crise de gouvernance qui a secoué le club, évoluant en Pro D2, a révélé des failles béantes dans la gestion d'une « PME » locale de 7 millions d'euros de chiffre d'affaires. Entre un « budget largement fictif » bricolé par l'ancienne direction et les tensions avec l'A2R (le gendarme financier du rugby), le club a frôlé la catastrophe industrielle, écopant d'une pénalité de points au classement.

Le président Benjamin Gufflet, bien que soutenu par le maire et des figures comme Philippe Jacquemain, a dû faire face à une véritable « fronde » des actionnaires locaux, nostalgiques d'un modèle de mécénat traditionnel face à une volonté de professionnalisation radicale. Le projet « US Dax 2030 », visant à transformer l'USD en club à mission avec une gestion rigoureuse, est devenu un sujet politique majeur. La mairie a été accusée par certains de ne pas avoir exercé une surveillance suffisante sur un club qui bénéficie pourtant de soutiens publics massifs, notamment pour la modernisation de ses infrastructures.

Cette crise sportive et administrative sert de miroir aux critiques de l'opposition sur la gestion globale de la ville. Pour Viviane Loumé-Seixo, les « huit semaines de chaos » à l'USD sont symptomatiques d'une méthode Dubois qui privilégierait l'effet d'annonce et le storytelling (« US Dax 2030 ») sur la réalité des chiffres et la stabilité des institutions. La capacité du maire à stabiliser ce pilier de la culture dacquoise avant le scrutin de mars 2026 sera scrutée avec une attention chirurgicale par les socios et les électeurs.

Rénovation urbaine et Action Cœur de Ville : le pari esthétique de la majorité

L'un des arguments les plus tangibles de la majorité sortante réside dans la transformation physique de Dax. Grâce au programme national « Action Cœur de Ville », la municipalité a engagé des travaux de grande ampleur : rénovation de la Basilique, réaménagement des places centrales, lutte contre l'habitat dégradé. Pour Julien Dubois, il s'agit d'un investissement nécessaire pour que Dax retrouve son rang de ville attractive et dynamique, capable d'attirer de nouveaux résidents (les « Néo-Aquitains ») et de freiner l'érosion commerciale.

Salle de spectacle du Grand Dax

Cependant, cette politique de la pierre est loin de faire l'unanimité. L'opposition dénonce une « gentrification » rampante qui ignorerait les besoins fondamentaux des Dacquois les plus modestes. Le coût de ces chantiers, dans un contexte de forte inflation et de baisse des dotations d'État, fait craindre un endettement futur insupportable pour la commune. De plus, les commerçants, bien que satisfaits de l'embellissement, pointent du doigt les nuisances des chantiers à répétition qui ont, selon eux, fragilisé les chiffres d'affaires pendant de longs mois.

Le débat porte également sur la mobilité. La modification des plans de circulation visent à faciliter l'accès au centre-ville, mais c'est perçu par certains habitants des quartiers périphériques comme une focalisation excessive sur l'hypercentre au détriment de la périphérie. La question de la « ville à 15 minutes » et de l'accessibilité aux services publics sera un enjeu fort pour capter le vote des familles installées dans les nouveaux lotissements.

Municipales 2026 : Les candidats déclarés à Dax

La liste des prétendants à la mairie de Dax pour le scrutin de mars 2026 est surprenante. À ce jour, au contraire de nombreuses villes, il n'existe que 2 listes déposées à Dax :

•       Julien Dubois (Horizons) : Le maire sortant brigue un second mandat sous l'étiquette du parti d'Édouard Philippe. Fort de son implantation locale et de sa présidence du Grand Dax, il mise sur un discours de continuité et de stabilité. Son équipe, composée d'élus expérimentés comme Martine de Dieu (culture et thermalisme) ou Grégory Randet (économie), est déjà en ordre de marche pour défendre le bilan des six dernières années.

•       Viviane Loumé-Seixo (Union de la Gauche - PS) : Figure historique de l'opposition municipale, elle porte la liste « Dax à 100 % ». Elle a réussi le tour de force de rassembler derrière elle une large partie des forces de gauche, incluant des sensibilités écologistes et citoyennes. Son programme met l'accent sur la protection sociale, le renforcement des services publics et une gestion de l'hôpital plus humaine.

Le dépôt officiel des candidatures en sous-préfecture de Dax est fixé du lundi 9 février au jeudi 26 février 2026 à 18h00. Cette période sera cruciale pour observer si des listes dissidentes ou citoyennes viennent troubler le jeu des appareils politiques traditionnels.

Analyse de l'opinion et sociologie électorale : les nouveaux enjeux dacquois

Dax change. Avec une population de 22 109 habitants et un gain de près de 400 nouveaux administrés par an, la ville voit sa sociologie évoluer. Ces nouveaux arrivants, souvent originaires de grandes métropoles ou d'autres départements de Nouvelle-Aquitaine, n'ont pas forcément les mêmes attaches partisanes que les Dacquois de souche. Ils sont sensibles à la qualité du cadre de vie, à l'offre culturelle (défendue par Martine de Dieu) et à la sécurité, mais aussi à la transition écologique.

Julien Dubois tente de séduire cet électorat « néo-dacquois » par des projets structurants comme la rénovation de la basilique ou la modernisation du stade, symboles d'une ville qui bouge. À l'inverse, l'opposition socialiste mise sur la lassitude face à une communication municipale jugée agressive et sur la défense des services de proximité pour rallier les déçus du macronisme local.

Le taux de chômage de 7 %, bien qu'inférieur à la moyenne nationale dans certains secteurs, reste un point de crispation. La précarité d'une partie de la population, notamment chez les jeunes et les seniors, est un terreau sur lequel les deux principaux candidats tentent d'apporter des réponses divergentes. Julien Dubois prône l'emploi par l'investissement privé et l'attractivité, tandis que Viviane Loumé-Seixo insiste sur l'accompagnement social et l'économie sociale et solidaire.

Le Dax de 2026 n'est plus celui de 2020

Le ton de la campagne pour les municipales 2026 à Dax est celui d'une confrontation directe entre deux modèles de société. L'ambiance est électrique. Les enjeux sont clairs : la survie du modèle économique thermal, la maîtrise de la délinquance dans un contexte de forte tension sociale, et la restauration de la confiance dans les institutions locales après le traumatisme de la cyberattaque hospitalière et le chaos de la gouvernance de l'US Dax.

Julien Dubois joue son va-tout sur une image d'homme d'action, n'hésitant pas à bousculer les habitudes locales, au risque d'être perçu comme autoritaire. Viviane Loumé-Seixo incarne une gauche qui refuse de voir Dax devenir une ville « vitrine » et qui veut remettre le soin et l'humain au cœur des priorités budgétaires.

Dax veut redevenir une communauté qui tire dans le même sens. Dans une cité où chaque week-end on se demande si le club tiendra debout, difficile de faire campagne comme si rien ne s’était passé.

Dax vote pour décider si elle reste une ville qui bouge... ou une cité thermale figée dans la nostalgie de sa splendeur passée.

AQUI.Media analyse les municipales 2026 dans les grandes villes de Nouvelle-Aquitaine : enjeux, forces en présence et dynamiques politiques.

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Par Jacques FROISSANT

Directeur de la publication

Bordelais, œnologue, tout allait bien… jusqu’à ce que je dérape dans l’entrepreneuriat RH pour les startups. 😉 Auteur et chroniqueur (L’Express, FrenchWeb, France 3 NOA...), je suis aujourd’hui cofondateur et rédacteur en chef d’AQUI.Media

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