Lanton : nouveau débordement d’eaux usées, l’assainissement du Bassin d’Arcachon au bord de la rupture
À Lanton, un nouveau débordement d’eaux usées ravive la colère des ostréiculteurs. Sur le Bassin d’Arcachon, l’exception se répète : un assainissement sous-dimensionné, des promesses, et toujours les mêmes rejets.

Le scénario est devenu une sinistre routine. À chaque épisode de fortes pluies, le Bassin d’Arcachon voit ses réseaux d’assainissement saturer, laissant dériver les eaux usées vers le milieu naturel. Après un nouvel incident à Lanton cette semaine, la colère des ostréiculteurs s’intensifie. Face aux discours sur le "caractère exceptionnel" portés par le SIBA, la filière dénonce une défaillance structurelle qui menace désormais son existence.
Le Bassin d’Arcachon vit-il avec une épée de Damoclès sanitaire permanente ? La répétition des événements tend à le confirmer. Cette semaine, le secteur de Lanton a de nouveau été le théâtre de débordements d’eaux usées consécutifs à d'importantes précipitations. Si pour les autorités, l'épisode est une "tension ponctuelle", pour les professionnels de la mer, c’est le signal de trop.
Le « hors norme » comme bouclier sémantique
Le discours institutionnel semble figé dans une boucle temporelle. Déjà lors de la crise historique de l’hiver 2023-2024, qui avait conduit à l’interdiction de vente des huîtres pendant les fêtes, Yves Foulon, président du SIBA, invoquait des épisodes pluvieux « exceptionnels » et « hors norme ». Un argumentaire destiné à dédouaner les infrastructures : selon le syndicat, aucun réseau ne pourrait absorber de tels déluges.
Pourtant, trois ans plus tard, l’argument s’émousse. À Lanton, comme ailleurs sur le Bassin, les "événements du siècle" semblent désormais se produire chaque hiver. Pour les ostréiculteurs, la rhétorique de la fatalité météo est devenue inaudible. « Si l'exceptionnel arrive tous les ans, ce n'est plus une exception, c'est une défaillance », s'agace un exploitant du Nord-Bassin. En invoquant systématiquement le ciel, le SIBA est accusé de transformer un problème d'urbanisme en une simple fatalité climatique.
Un réseau conçu pour un territoire disparu
Le diagnostic, bien que complexe, est identifié par les experts du Cerema et de l’Agence de l’eau Adour-Garonne. Le Bassin tente de traiter ses effluents avec un système conçu pour une époque révolue. Depuis trente ans, le territoire a changé de visage :
- Urbanisation galopante et imperméabilisation des sols qui accélèrent le ruissellement.
- Pression démographique constante, augmentant le volume d'eaux usées à traiter.
- Intrusion des eaux pluviales dans les réseaux d'eaux usées (souvent via des branchements illicites de gouttières), créant un mélange explosif que les stations d'épuration ne peuvent plus contenir.
Les ostréiculteurs : entre colère et sentiment de trahison
La réaction de la filière conchylicole n'est plus seulement celle de l'inquiétude ; elle est désormais judiciaire. Après les plaintes pour "écocide" déposées en 2024, la méfiance envers le SIBA reste vive. Les professionnels pointent une contradiction majeure : d'un côté, une promotion touristique agressive et une bétonisation qui ne faiblit pas ; de l'autre, un système d'assainissement qui "dégueule" dès que les précipitations s'intensifient.
Chaque débordement est une roulette russe sanitaire. Derrière les analyses de norovirus et les potentielles fermetures de zones, c’est la crédibilité même de l'huître d'Arcachon qui est sacrifiée. Les promesses d'un plan d'investissement de 120 millions d'euros sur cinq ans (2024-2028) suffiront-elles à restaurer la confiance ? Pour l'heure, sur les ports, on attend de voir les tuyaux changer avant de croire aux communiqués.
Chronologie : 7 ans de débordements chroniques
Ce récapitulatif des incidents majeurs documentés prouve que, sur le Bassin, « l'exception » est devenue la règle.
- 2019-2020 : Le retour du virus. Des pluies hivernales répétées provoquent des débordements massifs, entraînant l'interdiction totale de vente des huîtres en décembre 2019 pour cause de Norovirus.
- 2021 : La récurrence s'installe. De nouvelles saturations sont constatées sur le Nord-Bassin (Lanton et Taussat), déclenchant la colère des professionnels face à la répétition des rejets.
- 2022 : L'urbanisation en question. Des orages violents et une saturation printanière déplacent le curseur du débat public vers l'imperméabilisation croissante des sols.
- 2023 : Le séisme politique. Les tempêtes Ciaran et Domingos saturent les réseaux, provoquant une fermeture totale des zones conchylicoles en pleine période de Noël.
- 2024 : Le front judiciaire. Face aux pluies persistantes du printemps, des plaintes pour « écocide » sont déposées. Le tribunal administratif ordonne au SIBA des travaux d'urgence.
- 2025 : La justice durcit le ton. Lors de nouvelles saturations hivernales, la justice suspend les arrêtés préfectoraux qui autorisaient jusqu'alors les rejets d'eaux usées brutes dans le milieu naturel.
- 2026 : Lanton, le point de rupture. L'épisode de janvier marque un constat d'échec : malgré les chantiers annoncés, le réseau sature à nouveau, illustrant l'ampleur du chantier structurel restant à accomplir.

Pour bien mesurer l'ampleur du problème et le retard énorme pris dans l'entretien et le bon dimensionnement des réseaux, nous vous invitions à relire nos articles sur les manquements dans le traitement des eaux usées du Bassin d'Arcachon.
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Par Jacques FROISSANT
Directeur de la publication
Bordelais, œnologue, tout allait bien… jusqu’à ce que je dérape dans l’entrepreneuriat RH pour les startups. 😉 Auteur et chroniqueur (L’Express, FrenchWeb, France 3 NOA...), je suis aujourd’hui cofondateur et rédacteur en chef d’AQUI.Media
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