French Tech Bordeaux : pourquoi la Nouvelle-Aquitaine est la grande oubliée du financement
Malgré un écosystème actif, de nombreux atouts, la French Tech de Nouvelle-Aquitaine ne produit pas de scale-up et reste boudée par les investisseurs.

La région affiche plus de 800 start-ups et 12 000 emplois dans le numérique et l’innovation. Mais malgré une vitalité incontestable — IA, santé, greentech, deeptech — la French Tech Bordeaux Nouvelle-Aquitaine reste marginale dans les flux de capitaux.
Le tout dernier Panorama de la French Tech 2025 enfonce le clou : la province bosse, Paris encaisse.
Un écosystème qui s’étend, mais pas qui s’émancipe
Sur le papier, la French Tech se porte bien. En 2025, la France compte près de 18 000 start-ups actives, et plus de la moitié — 56 % — évoluent désormais hors Île-de-France. Un basculement historique...qui reste trompeur.
Car cela ne suit pas dès qu’on parle d'argent : 47 % des financements restent concentrés à Paris. Dans l’IA, seuls 7 % des fonds atteignent les régions, alors que 44 % des start-ups IA y naissent.
« Il est urgent de rééquilibrer ces soutiens pour donner aux territoires les moyens de créer leurs champions », confie Julie Huguet, directrice de la Mission French Tech.
Une phrase polie pour dire que la décentralisation de la French Tech reste largement un mirage : les territoires innovent, mais la finance ne suit pas.
Et l’écosystème reste prisonnier de son nombril francilien : la French Tech parle local, mais pense parisien. Le constat est sans appel : les startups qui réussissent, les fameuses licornes, sont pour l'essentiel à Paris.
Nouvelle-Aquitaine : la force tranquille… sous-financée
Avec 847 start-ups, 12 000 emplois et une croissance semestrielle de +5,1 %, la région figure parmi les plus dynamiques de France. Bordeaux est même citée dans le Panorama parmi les “hubs d’excellence IA”, aux côtés de Grenoble, Toulouse et Rennes.
Mais les chiffres des levées de fonds refroidissent l’enthousiasme :
environ 70 millions d’euros levés sur les neuf premiers mois de 2025, contre 170 M€ en Occitanie et 291 M€ en Rhône-Alpes.
Comme le relevait AQUI Media dans son enquête French Tech Nouvelle-Aquitaine : fin de l’illusion, le deuxième trimestre 2025 est catastrophique, avec à peine 45 M€ levés pour six deals, concentrés sur trois “locomotives” (TreeFrog Therapeutics, EnerVivo, Germitec).
Le reste de l’écosystème rame, faute de moyens pour passer du seed à la série A.
Le nerf de la guerre : le capital reste francilien
Au total, 23,8 milliards d’euros ont été levés par 85 fonds d’investissement actifs en 2025. Pour la plupart… parisiens. Les fonds régionaux pèsent encore très peu et de toute façon n'ont pas les moyens autres que faire du "seed capital" ou accompagner un premier tour dont le lead est un gros investisseur parisien.
Les séries B et C+ restent quasi exclusivement franciliennes, conséquence directe du “post-Covid shift” : la préférence pour les gros tickets et les deals proches des sièges des investisseurs. Et désormais, compte tenu de la crise, l'argent plus rare est clairement concentré à Paris.
| Région | Montant levé (€ M) | Croissance emploi |
|---|---|---|
| Île-de-France | 4 221 | +3,5 % |
| Rhône-Alpes | 291 | +4,6 % |
| Occitanie | 170 | +5,0 % |
| Nouvelle-Aquitaine | 70 | +5,1 % |
“Les start-ups régionales sont de bons élèves de l’amorçage, mais jamais invitées à la table des grands.” insiste le partner d'un fonds d'investissement.
Bordeaux : belle endormie ou future capitale d’une French Tech responsable ?
Oui, Paris rafle les levées. Mais réduire le problème à l’argent, c’est passer à côté du fond : le vrai déficit est culturel.
La Nouvelle-Aquitaine a tout : une capitale French Tech labellisée, des incubateurs solides (Unitec, Héméra, Technowest...), une recherche IA et Deeptech de premier plan (LaBRI, Inria, Université de Bordeaux), et des filières puissantes : santé, énergie, spatial, agro, maritime.
Alors pourquoi ça ne décolle pas ?
Parce que l’écosystème local s’exprime dans la sobriété, parfois la timidité. On parle d’impact, de durabilité, de rentabilité, de santé mentale des dirigeants — rarement de scalabilité ou de prise de risque. Une philosophie saine… jusqu’à devenir un frein.
Comme le rappelait AQUI Media dans son article FrenchWeb Top 100 des recruteurs 2025 : Bordeaux absent, aucune start-up bordelaise n’apparaît dans le classement national des grands recruteurs Tech. Aucune !
Preuve d’un écosystème plus besogneux que conquérant. Les start-ups naissent, se structurent, mais ne revendiquent rien.
“À Bordeaux, on cultive les start-ups comme un bon vin : avec soin, patience… et un manque total d’urgence. Être reconnu localement, c’est bien. Mais dans la tech, viser moins que le monde, c’est déjà perdre la partie.” — tranche un investisseur parisien.
French Tech Bordeaux : solide, sobre… mais trop sage ?
Ce n’est pas d’un nouveau fonds dont la région a besoin, mais d’un récit collectif.
Un récit qui relie IA, mer, vin, santé et énergie, pour construire une “Bordeaux Tech” à la fois responsable et conquérante.
Un récit qui assume une ambition nationale : des levées visibles, des sièges, des exportations, des modèles. Le récent exemple de la réussite de Betclic devenu fleuron mondial des paris en ligne depuis Bordeaux, devrait inspirer davantage.
Et surtout, il faut briser l’entre-soi : réunir investisseurs, collectivités et entrepreneurs autour d’une vision offensive, pas d’une sobriété subventionnée.
“La French Tech Bordeaux se rêve nationale.
Elle ne le sera que quand les startups de la région lèveront autant que Station F — et oseront le dire.”
📚 Sources
- Mission French Tech – Panorama de l’écosystème French Tech 2025
https://lafrenchtech.gouv.fr/fr/panoramafrenchtech2025/ - Aqui.Media : French Tech Nouvelle-Aquitaine : fin de l’illusion
https://www.aqui.media/article/french-tech-nouvelle-aquitaine-fin-de-lillusion - Aqui.Media : FrenchWeb Top 100 des recruteurs 2025 : Bordeaux absent
https://www.aqui.media/article/frenchweb-top-100-des-recruteurs-en-2025-bordeaux-absent - France Digitale × EY – Baromètre 2025 des levées de fonds Tech françaises
https://francedigitale.org/barometre-ey-france-digitale-2025
Par Jacques FROISSANT
Directeur de la publication
Bordelais, œnologue, tout allait bien… jusqu’à ce que je dérape dans l’entrepreneuriat RH pour les startups. 😉 Auteur et chroniqueur (L’Express, FrenchWeb, France 3 NOA...), je suis aujourd’hui cofondateur et rédacteur en chef d’AQUI.Media
Articles similaires

CO-NECT ouvre son capital à Innerinvest et prépare une nouvelle phase d’acquisitions
À 70 ans, CO-NECT prépare sa relève. Innerinvest entre au capital, Geoffrey Lemarchand prend la prés...

French Tech Nouvelle-Aquitaine : 360 millions en sept mois, le financement repart-il vraiment ?
360 millions d’euros en sept mois : la French Tech Nouvelle-Aquitaine rebondit. Et même sans les tro...

Philippe Lassalle Saint-Jean prend la tête de la CCI Nouvelle-Aquitaine
Philippe Lassalle Saint-Jean, dirigeant de Maison Meneau, prend la présidence de la CCI Nouvelle-Aqu...
L'électrique devient la 1ère motorisation vendue en France : et en Nouvelle-Aquitaine ?
En août 2026, l'électrique devient pour la première fois la motorisation la plus vendue en France, 3...

EXCLU. Sud Ouest bientôt racheté par les Belges de Rossel
Sud Ouest pourrait passer sous pavillon belge. Rossel négocie le rachat du groupe bordelais pour prè...

Rafale : l’Égypte prête à en commander 24 de plus, nouveau succès en vue pour Dassault Aviation
Premier client étranger du Rafale, l’Égypte envisage une nouvelle commande de 24 appareils. Une bonn...