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Culture

Festival de BD d'Angoulême : le groupe Morgane reprend les rênes, 9eArt+ attaque en justice

Le groupe Morgane reprend le Festival de BD d'Angoulême dès 2027. Mais Franck Bondoux attaque en justice : audience le 20 mai. Une décision favorable pourrait annuler l'appel à projets et priver Angoulême de festival pour la deuxième année consécutive.

Par Jacques FROISSANT
Publié il y a 28 avr.
3 min de lecture
Festival de BD d'Angoulême : le groupe Morgane reprend les rênes, 9eArt+ attaque en justice
Festival de BD d'Angoulême : le groupe Morgane reprend les rênes

La crise du Festival international de la bande dessinée d'Angoulême entre dans sa phase judiciaire. Le 21 avril, l'ADBDA a désigné le groupe Morgane pour piloter le festival à partir de 2027. Franck Bondoux, lui, a choisi le tribunal. Troisième épisode d'une saga qu'AQUI suit depuis la chute de 9eArt+ et l'annulation de l'édition 2026.

Le groupe Morgane, pilote des Francofolies et du Printemps de Bourges, reprend le festival d'Angoulême dès 2027

Fondé en 1992, Morgane organise les Francofolies de La Rochelle et le Printemps de Bourges, et emploie 140 salariés. Le projet retenu est porté par un duo féminin : Marie Parisot, ex-cadre des éditions Dargaud et des Humanoïdes Associés, et Céline Bagot, fondatrice du Pop Women Festival à Reims et ancienne salariée de 9eArt+.

Marie Parisot apporte la légitimité éditoriale : elle connaît les deux faces du secteur, celle des grandes maisons et celle des publications plus pointues. Céline Bagot incarne le volet festivals et médiation culturelle, avec une connaissance intime de 9eArt+ puisqu'elle en était salariée. Elle reprend ainsi, depuis l'autre rive, un festival dont elle a vécu la dérive de l'intérieur.

Quatre structures étaient en lice : Morgane, Visiona, Côte Ouest et A Bord. L'ADBDA a retenu le projet qui répond selon elle aux attentes de la filière en termes d'exigence artistique et de diversité des esthétiques, et qui "confirme la place centrale des autrices et auteurs".

Le profil de Morgane n'est pas neutre : l'entreprise est rodée aux grands formats culturels populaires, mais elle découvre la bande dessinée. C'est précisément ce que certains acteurs du secteur voient comme un atout , un opérateur sans passif dans les guerres internes de la BD, et ce que d'autres redoutent comme une méconnaissance du milieu.

9eArt+ attaque en justice pour parasitisme et concurrence déloyale : audience fixée au 20 mai

Le très contesté directeur de 9eArt+ Franck Bondoux ne décolère pas. «Nous allons nous défendre juridiquement face à cette prise de contrôle, face à la violation de nos droits», a-t-il déclaré. Il dénonce une «appropriation brutale» et a engagé une action en justice au civil pour «parasitisme» et «concurrence déloyale», aux côtés de l'association FIBD qui détient les droits du festival depuis sa création en 1974. L'argument juridique est solide sur le papier : le contrat de 9eArt+ court jusqu'en 2027.

Les requérants réclament un minimum de 1,3 million d'euros en raison des frais engagés sur l'édition 2026 annulée. L'audience en référé, déjà reportée deux fois, est fixée au 20 mai 2026 devant le tribunal judiciaire d'Angoulême.

L'association FIBD prévient : «une décision de justice favorable annulerait l'appel à projets et rendrait matériellement impossible l'organisation du festival pour la deuxième année consécutive, avec des conséquences économiques, sociales et culturelles lourdes pour le territoire charentais.»

Le choix de Morgane dessine une perspective pour 2027. Mais tant que le tribunal n'a pas statué, elle reste suspendue au calendrier judiciaire. Le 20 mai dira si Angoulême peut enfin tourner la page, ou si elle doit encore reculer. Une deuxième année sans Festival serait sans doute catastrophique.

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Par Jacques FROISSANT

Directeur de la publication

Bordelais, œnologue, tout allait bien… jusqu’à ce que je dérape dans l’entrepreneuriat RH pour les startups. 😉 Auteur et chroniqueur (L’Express, FrenchWeb, France 3 NOA...), je suis aujourd’hui cofondateur et rédacteur en chef d’AQUI.Media

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