Armel Le Cléac'h : dans les coulisses du trimaran Maxi Banque Populaire XI
Armel Le Cléac'h a ouvert les portes du Maxi Banque Populaire XI lors de l'escale bordelaise du 25 au 28 mai. 300 capteurs, 8 tonnes sur une écoute, foils de deuxième génération : les coulisses d'un trimaran Ultim en préparation de la Route du Rhum 2026.
Trente-deux mètres de carbone, un mât de 38 mètres, 300 capteurs et une vitesse de pointe qui dépasse deux fois celle du vent. Le Maxi Banque Populaire XI a amarré quai des Queyries du 25 au 28 mai. Armel Le Cléac'h, son skipper, résume la machine «C'est la Formule 1 des mers.» Lors de la visite à bord, il a détaillé sans filtre comment fonctionne vraiment un trimaran Ultim. Ce que l'escale bordelaise ne montrait pas depuis le quai.
Un cockpit pensé comme un cockpit d'avion : pilote automatique, vérins hydrauliques et siège de veille
Le poste de pilotage n'a plus rien à voir avec un bateau de plaisance. «On barre très peu, on utilise plutôt le pilote automatique», explique Armel Le Cléac'h. Ce système prend le contrôle de la barre, suit un cap ou s'adapte à l'angle du vent en temps réel. Les vérins hydrauliques, actionnés par des télécommandes colorées, permettent d'incliner le mât et de gérer la position des foils. «Je peux basculer mon mât d'un côté pour appuyer le flotteur dans l'eau et éviter qu'il sorte.» Une fois la manœuvre terminée, le skipper s'installe dans son siège de veille, entouré d'écrans. «C'est un peu comme un pilote d'avion qui surveille ses paramètres.»
6 à 7 heures de winch par jour sur les grosses journées : la course au large, un sport de haute intensité
Changer une voile seul à bord peut prendre 45 minutes de winch. Les winches en carbone, issus de l'America's Cup, permettent de hisser plusieurs tonnes. «Sur une écoute de foc, on peut avoir jusqu'à 8 tonnes. À la main, c'est complètement impossible.» Le geste est celui d'un cycliste en côte : ni trop vite pour tenir dans la durée, ni trop lentement pour rester efficace. «Sur les grosses journées, ça peut représenter six à sept heures de ce mouvement. Comme un cycliste qui fait une étape du Tour de France.» La préparation physique reproduit exactement ces efforts. «On a enregistré les manœuvres pour reproduire le même effort à la salle de sport, en termes de puissance et de rythme.»
Foils de deuxième génération et 300 capteurs : cinq ans de données pour gagner quelques nœuds
Le bateau vole sur ses foils, des appendices qui soulèvent la coque hors de l'eau à grande vitesse. Comme en Formule 1, chaque détail aérodynamique compte. La deuxième paire de foils, montée l'année dernière, est le résultat de cinq ans de collecte de données. «On a plus de 300 capteurs à bord, tout est enregistré en permanence.» Un ingénieur de l'équipe analyse ces données pour identifier les bons réglages et optimiser les dimensions des appendices. «Au départ on était très conservateurs en termes de structure. Maintenant qu'on a les efforts en dynamique, on peut aller un peu plus loin et gagner de la performance.» De nouveaux safrans plus longs et une nouvelle dérive complètent le kit pour la Route du Rhum. Et comme en sport automobile, les fusibles sont calculés au millimètre. «On préfère qu'un safran s'arrache plutôt que de compromettre la sécurité du bateau.»
Route du Rhum en novembre, Trophée Jules Verne en décembre : une saison sans relâche
La Route du Rhum part de Saint-Malo le 1er novembre. 120 bateaux, plusieurs catégories, et dans la classe Ultim, un objectif assumé : «C'est une course qu'on veut gagner. C'est notre grand rendez-vous sportif de la saison.» Armel Le Cléac'h estime la traversée à six ou sept jours. «Dans le monde de la voile, les occasions ne se présentent pas forcément souvent.» Puis viendra le Trophée Jules Verne, le tour du monde sans escale ni assistance, avec six équipiers à bord. Le record actuel tourne autour de 40 jours. «On va essayer de faire mieux.»
Pour tenir 40 jours en mer, le bateau partira avec 40 jours de nourriture, un dessalinisateur solaire et éolien, et Starlink pour rester en contact avec la terre. Route du Rhum en novembre, Trophée Jules Verne en décembre. Pour Armel Le Cléac'h, la saison ne fait que commencer.
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Par César Rosenzweig
Auteur
Journaliste stagiaire chez AQUI.Media, je couvre les actualités économiques et les entreprises de Nouvelle-Aquitaine. Diplômé en commerce de l'ESG, je me forme au journalisme à l'EFJ Bordeaux. Mon ambition : devenir journaliste sportif.
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