Last Train emballe Bordeaux au Rocher Palmer
Last Train enflamme le Rocher Palmer à Bordeaux. Vingt ans après leurs débuts en Alsace, le quatuor s’impose comme l’un des groupes de rock français capables de remplir l’Olympia et de viser le Zénith.

Jeudi soir, au Rocher de Palmer, la fosse s’est transformée en houle compacte. Guitares saturées, basses telluriques, cris retenus puis lâchés. Last Train n’a pas simplement joué à Cenon. Ils ont imposé leur climat.
Ils viennent d'Alsace, chantent en anglais, jouent dans des châteaux en ruine et remplissent l'Olympia et ils ont retourné Le Rocher de Palmer jeudi soir. Last Train est peut-être le groupe de rock du moment en France. Portrait d'un quatuor hors norme.
Il y a quelque chose d'un peu irrationnel dans l'histoire de Last Train. Quatre gamins qui se rencontrent au collège d'Altkirch, dans le Haut-Rhin, qui décident de faire de la musique ensemble à 11 ans, et qui, vingt ans plus tard, signent avec Pias, tournent avec Live Nation et jouent au Zénith de Paris. Entre les deux, pas de coup de chance particulier, pas de télécrochet, pas de label bienveillant tombé du ciel. Juste de l'obstination, des milliers de kilomètres avalés en van, et une foi absolue dans la puissance du live.
Une construction par la scène
Jean-Noël Scherrer (chant, guitare), Julien Peultier (guitare), Timothée Gerard (basse) et Antoine Baschung (batterie), tous nés en 1994 ou 1995, forment le groupe en 2007. Ils commencent à jouer dans les bars d'Alsace, sortent un premier EP, What's Wrong With Me ?, en 2012, puis enchaînent les sorties : She's Got Your Soul (2013), The Holy Family (2015), Fragile (2016). Des formats courts, des tournées de plus en plus larges, une réputation qui grandit concert après concert, sur le terrain.
Car Last Train est avant tout un groupe de scène. Entre 2015 et 2017, le quatuor cumule plus de 250 concerts à travers le monde : France, Europe, Asie, États-Unis. Ils apprennent le rock là où il est. Ils ouvrent pour Johnny Hallyday à Bercy, puis déclinent l'offre de l'accompagner en tournée. Ils ont d'autres engagements. Cette anecdote dit tout de leur état d'esprit : indépendants jusqu'au bout des ongles, maîtres absolus de leur agenda et de leurs choix artistiques.
Chouchous de « musicos » de tous poils, ils réussissent l’exploit de réunir toutes les générations, à l’image du public éclectique du Rocher Palmer à Cenon, entre hardeux qui pogottent et jeunes bobos fans de rock alternatif.
Weathering, le décollage de Last Train
En 2017, le groupe sort son premier album studio, Weathering. L'accueil est immédiat et unanime. Les Inrockuptibles estiment qu'ils «redorent le blason du rock tricolore». Le Huffington Post les sacre «révélation live de l'année». En deux ans, le groupe réalise plus de 350 concerts à travers la France, l'Europe et au-delà. Ils ouvrent pour Muse et Placebo. Le rock français, longtemps considéré comme le parent pauvre du genre, tient enfin ses représentants à l'international. Mais ils restent cependant encore à la limite de l’underground.
The Big Picture, la consécration
The Big Picture sort en septembre 2019. Onze titres, un son plus ample, plus cinématographique, des ambiances qui débordent du cadre du rock pur pour flirter avec le post-rock, voire la musique de film. Rolling Stone parle de «consécration». Le groupe enchaîne avec une tournée européenne, puis prépare sa première à l'Olympia de Paris. Il se joue à guichets fermés en 2020, juste avant que la pandémie de Covid-19 ne vienne stopper net la machine. Une frustration immense pour un groupe qui vit de et pour la scène.
La parenthèse symphonique avec l'Orchestre de Mulhouse
La période Covid est mise à profit. En 2022, Last Train publie How Did We Get There ?, un titre fleuve de dix-huit minutes accompagné d'un court-métrage réalisé par Julien Peultier. Le groupe retrouve l'Olympia, tourne à nouveau. Puis vient le projet le plus inattendu de leur carrière : Original Motion Picture Soundtrack, sorti en mai 2024. Avec l'Orchestre Symphonique de Mulhouse et le compositeur Fabien Cali comme orchestrateur, le quatuor revisite l'intégralité de son répertoire sous une forme orchestrale. «La musique d'un film qui n'existe pas», selon leurs propres mots. Un écart assumé, une curiosité artistique revendiquée, documentée dans une mini-série réalisée par Julien Peultier.
Mais surtout, c'est la révélation d’un talent mélodique évident du leader du groupe dont les envolées symphoniques, orchestrées de main de maître par des musiciens devenus virtuoses du rock mélodique deviennent la marque de fabrique du groupe. Le groupe trouve ainsi sa propre voie, avec la basse 5 cordes de Royal Blood et son rock lourd, les nappes de guitare électrique qui ornent les arrangements, et le rythme mouvant lancinant d’un son profond, et une longueur inhabituelle pour leurs morceaux.
III, le retour au feu
Janvier 2025. L'album III sort chez Pias, première collaboration avec un grand label, couplé à leur propre structure, Last Train Productions. Le disque a été enregistré en décembre 2023 dans un cadre pour le moins singulier : le château de Planchamp, en Lozère, une demeure appartenant à la famille de leur producteur historique Rémi Gettliffe. Mal isolé, peu chauffé, le lieu impose de changer de méthode : contrairement aux habitudes du groupe, les instruments sont enregistrés séparément, donnant un son plus froid, plus clinique, plus industriel.
Le résultat est leur disque le plus sombre et le plus intense. III, le nom confirmant que l'album symphonique n'était qu'une parenthèse, alterne entre post-rock épique et explosions de guitares saturées, entre chuchotements et cris, entre mélancolie et fureur. La presse est enthousiaste. Les comparaisons convoquent Nine Inch Nails pour la tension industrielle, Radiohead pour la mélancolie nerveuse, Muse pour la démesure. Le groupe défend l'album avec une tournée de premières parties en Angleterre aux côtés de The Luka State, avant de traverser la France au printemps 2025, de passer par le Hellfest, Beauregard et Rock en Seine à l'été, et de boucler l'année par deux soirs sold out au Trianon de Paris les 4 et 5 décembre.
2026, l'année du Zénith
La tournée se poursuit en 2026 avec des dates à Toulouse, Nîmes, Rouen, Clermont-Ferrand, La Rochelle et Strasbourg, avant l'échéance qui symbolise le passage à la cour des grands : le Zénith de Paris, le 3 octobre 2026. Dans un paysage français saturé de projets éphémères et de carrières accélérées par les algorithmes, Last Train suit une trajectoire inverse. Temps long. Scène. Indépendance. À contre-courant.
Vingt ans après leurs débuts dans les bars alsaciens, Last Train n'a pas pris le mauvais train. Ils ont simplement attendu le leur, et créé leur rock.
Par Guillaume-Olivier Doré
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