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Bordeaux

Orelsan Level Up : Le Rappeur de Caen Devient Superstar

À l’Arkéa Arena Bordeaux, Orelsan a réuni 11 000 spectateurs et franchi un cap : celui d’un artiste devenu phénomène de masse.

Par La Rédaction
Publié il y a 26 janv.
4 min de lecture

11 000 spectateurs, une scénographie digne de Muse, et trois générations réunies : à l'Arkea Arena, Orelsan a prouvé samedi soir qu'il n'est plus simplement le meilleur rappeur français. Il est devenu un phénomène de masse.

Pour la cinquième date d’une tournée 2026 qui sillonnera l’Hexagone durant douze mois, l’ovni du rap français a rempli une seconde fois l’enceinte floiracaise. Et le spectacle auquel nous avons assisté marque un tournant. Aurélien Cotentin, quarante ans, bascule définitivement dans la cour des monstres sacrés de la chanson française.

Trois générations sous le même toit, à l’Arena de Bordeaux

Le public de l'Arena samedi soir ressemblait à un improbable patchwork générationnel. Dans les gradins se côtoyaient les fans de la première heure, désormais quinquagénaires, venus revivre l'époque de Fantasmes et Le chant des sirènes. À leurs côtés, les convertis de Civilisation, cet album prophétique de 2021 qui a propulsé Orelsan au rang de chroniqueur visionnaire des maux du XXIe siècle.

Mais la véritable surprise se trouvait dans les allées : des hordes d'adolescents, accompagnés de leurs parents, scandant chaque refrain. Une première pour un artiste qui, il y a encore cinq ans, traînait une réputation d'auteur sulfureux, censuré et controversé.

Comment expliquer cette métamorphose ? Par un coup de génie stratégique : le virage japonisant.

L'effet manga : un levier pop culture assumé

Le spectacle s'inspire massivement de Yoroï, le film produit au Japon par Orelsan lui-même, mêlant codes rétro des années 1980 et esthétique manga. Sur scène, les décors néon, les animations digitales et les références à la culture nippone transforment le concert en expérience immersive totale. De quoi séduire une génération bercée par Demon Slayer et One Piece.

On peut aimer ou détester cette orientation, mais force est de constater l'exploit : à peine les millions de fans de Civilisation digérés, Orelsan accroche déjà les wagons suivants. Les adolescents d'aujourd'hui, futurs spectateurs de demain, sont dans la poche.

Un album plus intime, un show XXL à Bordeaux

Paradoxalement, son dernier opus marque un retour à l'intimité. Les textes sont toujours aussi ciselés, et les sons brillamment travaillés, mais un peu plus loin des grandes fresques sociétales : Orelsan y raconte la naissance de son enfant, sa vie de couple, les joies et angoisses de la paternité. Des tranches de vie quotidienne que Gérard Lauzier, dessinateur virtuose du quotidien bourgeois, n'aurait pas reniées.

Sur scène, pourtant, c'est le grand écart. La scénographie atteint des sommets de puissance et de moyens, rivalisant avec les productions de Muse ou des Daft Punk. Un contraste saisissant avec le spectacle précédent, qui conservait cette touche intimiste et amateur, cette proximité chaleureuse avec le public.

Samedi soir, l'intimité a cédé la place au gigantisme. Certes, le traditionnel medley des titres cultes (Basique, Tout va bien, La Quête) a bien déclenché ces indispensables frissons collectifs. Et le public a fini par retrouver la jubilation qui caractérise son lien avec l'artiste en fin de concert, lorsque la communion a enfin opéré.

Orelsan Tour 2026

Le prix de l'indépendance perdue ?

Orelsan reste ce brillant artiste qui trace sa route, désormais un peu plus loin de ses compères historiques Ablaye et Skread, auxquels il rend néanmoins hommage sur scène. Producteur de ses propres projets, il n'a signé avec une major, Sony Music, un contrat de 15 millions d'euros que très tardivement, en 2023.

Ce mariage avec l'industrie du disque explique-t-il cette montée en puissance spectaculaire, au risque de perdre cette spontanéité qui faisait tout son charme ? La question mérite d'être posée.

Car si la prouesse technique est indéniable, si l'ambition artistique force le respect, quelque chose s'est dilué dans cette course à la démesure. L'énergie brute, l'effervescence euphorique des anciens shows, cette alchimie magique entre l'artiste et son public semblent s'être évaporées dans les fumigènes et les lasers.

Orelsan, entre deux mondes

Orelsan se trouve aujourd'hui à la croisée des chemins. D'un côté, le statut de superstar internationale, les stades et les arénas remplis, les contrats pharaoniques et la reconnaissance mondiale. De l'autre, ce "petit gars de Caen", fan de sauce Magic Beau Gosse, qui écrivait des textes incisifs dans sa chambre d'adolescent.

Parviendra-t-il à réconcilier ces deux facettes ? À conserver son âme d'artiste indépendant tout en assumant sa nouvelle stature de géant de la culture populaire française ?

La tournée 2026, qui ne fait que commencer, apportera peut-être des réponses. Une chose est certaine : à l’Arkéa Arena Bordeaux, Orelsan a clairement level up. Reste à savoir s'il saura, comme dans ses meilleurs morceaux, jongler entre grandeur et simplicité, entre spectacle et authenticité.

Samedi soir à l'Arkea Arena, 11 000 personnes ont assisté à la naissance d'un monument. Le rappeur est mort, vive la légende.

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La rédaction d’AQUI.Media prolonge l’esprit libre et régional d’Aqui.fr, média fondé en 2006. Indépendante et ancrée en Nouvelle-Aquitaine, elle explore l’économie, la société et l’innovation, avec un ton engagé, impertinent et sans filtre.

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