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Économie

Exosens, de cible à fournisseur de l'U.S. Army : le groupe mérignacais confirme sa trajectoire au T1 2026

Exosens, ex-Photonis, que les Américains voulaient racheter en 2020, affiche +19,7 % au T1 2026 et décroche un contrat de 352 millions de dollars avec l'U.S. Army. Le retournement est complet.

Par La Rédaction
Publié il y a 27 avr.
4 min de lecture
Exosens, de cible à fournisseur de l'U.S. Army : le groupe mérignacais confirme sa trajectoire au T1 2026
Exosens, de cible à fournisseur de l'U.S. Army

En 2021, Teledyne Technologies, géant américain de la défense, tentait de mettre la main sur Photonis, fleuron français de la vision nocturne basé à Mérignac. Le gouvernement français avait bloqué l'opération. Cinq ans plus tard, renommé Exosens et introduit en Bourse, le groupe livre ses tubes intensificateurs de lumière à l'U.S. Army. Le retournement est complet.

Le 27 avril, Exosens a publié ses résultats du premier trimestre 2026 : +19,7 % de croissance, des contrats qui s'accumulent et des acquisitions qui se finalisent. Dans un contexte de réarmement mondial accéléré, le groupe confirme que sa position de seul fournisseur européen non soumis à l'ITAR, la réglementation américaine qui restreint l'export de technologies militaires et contraint les acheteurs étrangers à passer par des fournisseurs américains, devient chaque trimestre un avantage concurrentiel plus décisif.

Aqui.Média suit l'entreprise depuis son entrée fracassante en Bourse et le contrat historique de 500 millions d'euros pour équiper l'armée allemande. Les résultats du premier trimestre 2026 en sont la suite logique.

+19,7 % au T1 2026, porté par la vision nocturne et les drones

Les deux segments du groupe progressent. L'Amplification, qui représente 72 % du chiffre d'affaires avec 88,1 millions d'euros, croît de +11,4 %. Elle est portée par la demande croissante de tubes intensificateurs de lumière haute performance pour la vision nocturne, en particulier en Europe : programmes d'équipement des armées allemande et belge dans le cadre de l'OCCAR, renforcement commercial en Europe de l'Est et du Nord, dynamique soutenue au Moyen-Orient et en Asie du Sud-Est. La Détection et Imagerie, avec 34,6 millions d'euros, bondit de +44,5 %, portée notamment par une commande record de caméras numériques pour drones intercepteurs auprès d'un acteur européen majeur des systèmes de défense aérienne. Au total, plus de 10 000 caméras ont été commandées pour des plateformes sans pilote aérien, terrestre et maritime sur les deux derniers trimestres.

Jérôme Cerisier, directeur général d'Exosens, résume le contexte : «Dans un contexte de tensions géopolitiques accrues, la demande pour des solutions d'imagerie numérique et de vision nocturne critiques continue de s'accélérer, ce qui positionne Exosens pour capter d'importantes opportunités de croissance en tant que partenaire stratégique fiable, non soumis à l'ITAR, au service de l'ensemble de l'écosystème de la défense.»

Contrat BiNOD avec l'armée américaine et acquisition d'Emberion : deux étapes clés

Deux événements marquent ce trimestre. En février 2026, l'armée américaine a attribué à la filiale Photonis Defense un contrat de type IDIQ pouvant atteindre 352,6 millions de dollars, portant sur le développement, la production et les essais de dispositifs de vision nocturne binoculaires BiNOD jusqu'en 2033.

Jérôme Cerisier ne cache pas sa satisfaction : «Les États-Unis constituent le marché national le plus exigeant au monde pour les technologies de vision nocturne, et Exosens est pleinement engagé à servir l'U.S. Army grâce à une présence industrielle locale. Ce contrat marque une nouvelle étape dans notre développement à long terme auprès de ce client stratégique.»

Un signal fort pour un groupe qui avait failli passer sous pavillon américain en 2021 et qui construit désormais une usine à Sturbridge, dans le Massachusetts, opérationnelle en 2027.

Le 24 avril, Exosens a finalisé l'acquisition d'Emberion, société finno-britannique spécialisée dans les capteurs infrarouges à base de points quantiques. La technologie est potentiellement de rupture : là où les capteurs infrarouges classiques reposent sur des matériaux coûteux et des chaînes de production complexes, les points quantiques permettent des détecteurs plus compacts, moins chers à fabriquer et adaptables à des plages spectrales élargies. Avec un portefeuille de 25 familles de brevets, Emberion ouvre des débouchés supplémentaires sur les drones, la surveillance des frontières et l'inspection industrielle.

Entre 520 et 540 millions d'euros visés en 2026 : les capacités de production augmentent de 40 %

Exosens confirme ses objectifs annuels : chiffre d'affaires entre 520 et 540 millions d'euros, EBITDA ajusté entre 168 et 178 millions d'euros. Le plan d'augmentation des capacités de production de 40 % d'ici 2027, en Europe et aux États-Unis, se déploie selon le calendrier prévu, avec les premiers effets attendus dès le second semestre 2026.

«Je suis heureux de l'excellent début d'année 2026 réalisé par Exosens, marqué par une croissance soutenue et une solide rentabilité», résume le directeur général.

En 2020, Photonis pesait 150 millions d'euros de chiffre d'affaires. Teledyne avait mis 507 millions sur la table pour s'en emparer. Paris avait dit non. Cinq ans plus tard, renommé Exosens, le groupe vise 520 à 540 millions d'euros de chiffre d'affaires pour la seule année 2026, avec une marge d'EBITDA à 32 %. Le groupe que les Américains voulaient absorber leur construit désormais leurs équipements de nuit, depuis Mérignac. Souveraineté industrielle : 1 - Teledyne : 0

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