En Nouvelle-Aquitaine, AC-Dismantling parie sur les avions que tout le monde ignorait
En Nouvelle-Aquitaine, AC-Dismantling lève 2,7 millions d'euros pour structurer une filière quasi inexistante : le démantèlement des petits aéronefs civils et militaires en fin de vie. Portrait d'une startup paloise qui recycle ce que personne ne voulait toucher.

“10 000 avions hors service, 100 000 tonnes de matériaux qui dorment sur les tarmacs du monde entier”, Anthony Charmarty, fondateur d'AC-Dismantling, cite les chiffres qui l'ont décidé à en faire une opportunité industrielle. Résultat : 2,7 millions d'euros levés et une première européenne en vue sur le démantèlement des aéronefs civils et militaires.
Anthony Charmarty, fondateur d'AC-Dismantling : de mécanicien chez Dassault à la création d'une filière
Il y a des marchés auxquels tout le monde pense mais que personne n'attaque. Le démantèlement des petits aéronefs en fin de vie en est l'exemple parfait. Selon Anthony Charmarty, fondateur d'AC-Dismantling, “près de 100 000 tonnes de matériaux utiles à l'aéronautique dorment sur les tarmacs du monde entier, soit environ 10 000 avions inutilisés”. Un gisement colossal, ignoré par les grands acteurs du secteur, préférant les gros-porteurs.
C'est exactement là qu’Anthony Charmarty en a vu une opportunité. Son idée a germé lors de son alternance chez Dassault, où il constate les difficultés à trouver certaines pièces pour réparer rapidement des appareils. Après deux bacs, un BTS et une reprise d'études à l'IAE de Bordeaux en tant qu'étudiant-entrepreneur, formé à l'Aérocampus de Latresne, il crée AC-Dismantling en 2022.
"Cette logique de la pièce d'occasion et du remplacement, qu'on retrouve dans l'automobile, n'existait pas sur ce type d'avions car ils sont plus solides et durent plus longtemps qu'un avion de ligne. Il y a eu un boom des jets privés dans les années soixante-dix et nous sommes à l'aube d'une importante mise au rebut, la demande en pièces est de plus en plus forte."
Recyclage aéronautique : les grands acteurs mondiaux boudent l'aviation légère
Les rares acteurs spécialisés du secteur se sont tous positionnés sur les gros porteurs. En France, Tarmac Aerosave à Tarbes, coentreprise d'Airbus, Safran et Suez, fait figure de référence européenne. Aux États-Unis et en Espagne, Ecube Solutions opère sur le même créneau. Au Royaume-Uni, Air Salvage International complète le tableau. Tous ont fait le même choix : les Airbus et Boeing des grandes compagnies, plus rentables et plus volumiques. L'aviation légère et d'affaires, elle, reste l'angle mort de la filière. Personne ne voulait s'en charger. AC-Dismantling, si.
Aéroport de Pau-Pyrénées et Bordeaux : deux sites stratégiques pour le démantèlement d'avions en Nouvelle-Aquitaine
AC-Dismantling c’est : deux adresses et une logique claire, l’atelier en bord de piste à Pau pour démanteler, le bureau à Bordeaux pour signer les contrats, "au plus près des donneurs d'ordre", selon Anthony Charmarty. Un positionnement doublement gagnant : “La proximité de la piste permet d'intervenir directement sur les appareils encore en état de vol, sans les contraintes d'un transport routier qui complique fréquemment les opérations, endommageant certaines pièces.”
La région paloise a su convaincre la startup face à d'autres territoires qui scrutaient le dossier, de Bordeaux à Paris : "L'aéroport, la CCI, la Région, tout le monde a su nous attirer", confie Charmarty. Un ancrage territorial au cœur du modèle industriel de l'entreprise.
Recyclage aéronautique : 96 % des matériaux valorisés et 6,8 tonnes de CO₂ évitées par tonne d'aluminium
AC-Dismantling ne se définit pas comme une casse automobile pour avions : l'entreprise récupère l'appareil, le décontamine, le déconstruit et sépare les matières premières comme l’aluminium, le cuivre, le titane et l’acier. Le tout selon un protocole en cinq étapes incluant un diagnostic amiante obligatoire et une phase d'inertage des circuits pyrotechniques et hydrauliques.

Selon Anthony Charmarty, entre 100 et 800 pièces détachées peuvent être récupérées selon les appareils, puis revendues via des réseaux de brokers (intermédiaire entre un acheteur et un vendeur) à l'échelle mondiale. Résultat : un taux de recyclage revendiqué de 96 % par appareil, atteint grâce notamment à un partenariat avec Arts et Métiers Bordeaux-Talence, où des étudiants ingénieurs travaillent sur les chantiers avec la réalité augmentée et la modélisation 3D.
L'argument environnemental n’est pas un alibi chez AC-Dismantling, c’est un résultat mesurable. Le recyclage d'une tonne d'aluminium permet d'éviter jusqu'à 6,8 tonnes de CO₂, ce qui souligne l’impact direct d'une gestion rigoureuse des appareils en fin de vie. AC-Dismantling affirme vouloir une “Structuration d’une filière aéronautique plus circulaire et responsable”.
Levée de fonds AC-Dismantling : 2,7 M€ réunis autour de Bpifrance, la Région Nouvelle-Aquitaine et cinq investisseurs privés
"J'ai monté la société à 24 ans. Il était très complexe d'expliquer aux grands groupes industriels le schéma et qu'on allait réussir à le faire. Aujourd'hui nous sommes très contents car nous avons de grands donneurs d'ordres qui nous recommandent auprès de leurs clients." confie Anthony Charmaty.
Le 25 mars 2026, AC-Dismantling officialise une levée de fonds de 2,7 millions d'euros. Le tour de table réunit Clint Capital, Nouvelle-Aquitaine Co-Investissement, Cléry Ventures, TJH Invest et Phylaïa Family Office, avec la participation de BPIfrance et de la Région Nouvelle-Aquitaine. Un signal fort d'un écosystème régional qui mise sur ses pépites industrielles.
Cette levée de fonds sera consacrée à l'acquisition de nouveaux équipements, à l'augmentation des capacités de traitement, et surtout à 25 recrutements programmés sur trois ans. La société, déjà lauréate du concours Greenov 2025 et du Startup Challenge 2025 à la technopole Hélioparc, entend également décrocher de nouvelles certifications et élargir son champ d’intervention.
Démantèlement des avions militaires : AC-Dismantling obtient ses habilitations et vise une première en Europe
La prochaine étape est ambitieuse et symbolique. AC-Dismantling prévoit de s'ouvrir au marché militaire et aux avions étrangers : "Nous avons obtenu les habilitations et pouvons par exemple travailler sur les avions de chasse", affirme Anthony Charmarty.
L’entreprise revendique une première en Europe sur ces segments spécifiques, l’aviation générale, l’aviation d'affaires civile et militaire combinées avec une prestation "tout en un" : aller chercher l'appareil sur place, l'accueillir en état de vol, démanteler, recycler et tracer chaque pièce. Un circuit court en interne.
Recyclage aéronautique : un marché à 4,73 milliards de dollars encore sans leader en France
Le marché mondial du recyclage aéronautique est estimé à 4,73 milliards de dollars en 2024, avec une croissance projetée à plus de 9 % par an jusqu'en 2034. AC-Dismantling ne représente pour le moment qu'une fraction de ce marché, mais sur un créneau où la structuration d'une offre industrielle sérieuse reste quasi inexistante en France. Ce que Charmarty a compris avant tout le monde, c'est que les avions des années 1970 ne se recyclent pas tout seuls. Et personne d'autre ne voulait s'en charger.
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Par La Rédaction
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