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Energie

Terres rares à Lacq : le Béarn au cœur du plan national pour sortir la France de la dépendance chinoise

Le 5 mai 2026, deux ministres se sont rendus à Lacq pour dévoiler le plan national terres rares. Au cœur du dispositif : l'usine Caremag, qui ambitionne de couvrir 15 % de la production mondiale de terres rares lourdes d'ici 2027.

Par César Rosenzweig
Publié il y a 7 mai
3 min de lecture
Terres rares à Lacq : le Béarn au cœur du plan national pour sortir la France de la dépendance chinoise
Minerai de terres rares.

Le 5 mai 2026, les ministres de l'Économie Roland Lescure et de l'Industrie Sébastien Martin ont fait le déplacement à Lacq, dans les Pyrénées-Atlantiques, pour dévoiler le «Plan national terres rares» devant l'usine Caremag en construction. La Chine produit plus de 90 % des terres rares mondiales aujourd'hui, et le gouvernement a décidé que ça ne pouvait plus durer. 

Caremag à Lacq dans les Pyrénées-Atlantiques : la plus grande usine européenne de recyclage de terres voit le jour 

Le bassin de Lacq concentre aujourd'hui 7 500 emplois industriels, des chiffres qui frôlent les 8 500 de la grande époque de l'extraction gazière. Depuis l'arrêt du gaz en 2013, le territoire s'est réinventé autour des matériaux innovants, de la chimie verte et des énergies renouvelables. Caremag en est la dernière illustration. L'usine, implantée sur cinq hectares sur le site industriel emblématique du bassin, ambitionne de recycler environ 2 000 tonnes d'aimants pour en extraire 1 400 tonnes de terres rares, dont 600 tonnes de terres rares lourdes, soit 15 % de la production mondiale actuelle. Sa construction, dans laquelle l'État a investi 106 millions d'euros, doit être achevée en fin d'année. 92 emplois directs sont prévus.

Frédéric Carencotte, président de Caremag, résume l'enjeu technique : «Ce sont des produits essentiels, des dopants pour les aimants les plus puissants qui existent commercialement.» Ces aimants se retrouvent dans les moteurs de voitures électriques, les éoliennes, les smartphones et les équipements militaires. Sans terres rares, pas de transition énergétique.

Plan national terres rares : les ambitions de la France et les limites du projet de Lacq

Si la France n'extrait pas de terres rares sur son sol, le gouvernement a l'ambition d'en produire par le recyclage et le raffinage. Alain Rousset, président de la Région Nouvelle-Aquitaine, voit dans ce projet une continuité logique avec l'histoire industrielle du territoire : «On est dans une reconversion du bassin de Lacq, ce sont des emplois et de la production d'avenir. Ce site est d'importance stratégique pour que la France se désensibilise par rapport à cette dépendance.» Patrice Laurent, président de la communauté de communes Lacq-Orthez, confirme cette idée : «Ce qu'on a fait avec les énergies fossiles et le gaz, on le fait maintenant sur des secteurs liés aux énergies vertes et à la décarbonation. C'est une renaissance, une nouvelle aventure.»

Les chercheurs sont plus nuancés. Guillaume Pitron, spécialiste des ressources stratégiques, prévient : «En quelques années, on ne rattrape pas trois décennies de retard sur Pékin.» La Chine a bâti son monopole depuis les années 1990, en combinant extraction massive, raffinage intégré et prix cassés. D'ici 2030, 10 000 personnes devraient être employées sur le bassin de Lacq et plus de 3 milliards d'euros d'investissement y sont attendus. C’est un grand pas pour la France, mais parviendra-t-elle à rattraper son retard ?

Par César Rosenzweig

Auteur

Journaliste stagiaire chez AQUI.Media, je couvre les actualités économiques et les entreprises de Nouvelle-Aquitaine. Diplômé en commerce de l'ESG, je me forme au journalisme à l'EFJ Bordeaux. Mon ambition : devenir journaliste sportif.

Bordeaux