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Gastronomie

Cap-Ferret : le restaurant Chez Hortense en passe d'être vendu

Le Cap-Ferret s'apprête à tourner une page historique. Le mythique restaurant Chez Hortense, tenu par la famille Lescarret depuis quatre générations, serait sur le point d'être cédé au Groupe Bourdoncle.

Par Jacques FROISSANT
Publié il y a 20 janv.
4 min de lecture
Cap-Ferret : le restaurant Chez Hortense en passe d'être vendu

"Tout fout le camp au Ferret. Après la Pointe privatisée par Bartherotte c'est Hortense qui va être vendu." nous confie un vieil ostréiculteur à la retraite.

Après l'achat du restaurant Le Mirador par Benoit Bartherotte pour la modique somme de près de 6 millions d'euros, selon nos informations, c'est au tour d'Hortense.

Les rumeurs courrent depuis cet été. Beaucoup pensaient à Xavier Niel qui a acheté l'hôtel la Rotonde abandonné depuis des décennies en face d'Hortense. En réalité ce serait le groupe de restauration Bourdoncle, spécialistes de la restauration haut de gamme qui possédent déjà à Arcachon les restaurants Chez Diego et la brasserie Les Marquises.

Le Groupe Bourdoncle se concentre sur des emplacements "numéro 1" en France (environ 30 établissements). Leurs prises de guerre les plus célèbres sont :

  • Saint-Tropez : Le mythique Sénéquier.
  • Cannes : La Californie.
  • Megève : Le Hibou Blanc.
  • Deauville / Trouville : Les Planches, Chez Miocque, Le Central...
  • Paris : Le Mabillon, Le Hibou, Le Charlot, Le Suffren...

Le Cap-Ferret en train de perdre son âme ?

Le passage d'une "gestion de bon père de famille" (Lescarret/Lafitte) à une gestion de groupe financier (Bourdoncle/Weinberg Capital), pile au moment où le Ferret devient le nouveau terrain de jeu des grandes fortunes est un signe des temps.

Le Cap-Ferret se transforme à vitesse grand V, il n'est plus aux mains de "locaux" à quelques exceptions près. La "Saint-tropéization" que tout le monde redoutait est actée. Frédélian, l'Hotel de la Plage... tout change. Reste les paysages, les lumières, l'océan, les couchers de soleil, la magie du Ferret hors saison, pour l'âme c'en est fini...


L'histoire de Chez Hortense

Véritable épopée familiale, intimement liée à la géographie capricieuse du Cap Ferret, c'est le récit de quatre générations qui ont lutté contre les éléments pour bâtir ce qui est devenu une institution.

1914 – 1925 : Les origines et le premier établissement

Tout commence en 1914. Hortense Crampé, une femme de caractère originaire des Pyrénées, travaille alors dans l'hôtellerie à Arcachon. Elle y rencontre son futur époux, Louis.

  • Ensemble, ils décident de traverser le Bassin pour s'installer sur la presqu'île, qui est à l'époque une zone sauvage, presque désertique.
  • Ils reprennent un hôtel-restaurant situé à l'emplacement le plus stratégique de l'époque : juste à la sortie du débarcadère, à la pointe extrême. C'est là que naît le premier "Chez Hortense".
  • En 1925, Louis décède, laissant Hortense seule à la barre avec sa fille, Isabelle (surnommée plus tard "Zaza").

1936 – 1938 : Le drame de l'érosion et le déménagement

Dans les années 30, la nature reprend ses droits. Les courants du Bassin grignotent inexorablement la pointe (comme quoi c'est pas une nouveauté comme on veut bien nous le laisser croire régulièrement).

  • 1936 : L'établissement d'origine est littéralement englouti par les eaux. Hortense ne quitte pas le Ferret.
  • 1938 : Elle décide de reconstruire un peu plus en retrait de la côte, sur le terrain actuel (avenue du Sémaphore). Le restaurant renaît sous sa forme de cabane en bois, avec cette vue légendaire sur la Dune du Pilat.
  • À cette époque, Zaza épouse Alban Lescarret, un ostréiculteur du coin. C’est cette alliance entre la restauration (Hortense) et l’ostréiculture (Lescarret) qui va forger l'identité de la maison : des poissons ultra-frais et les fameuses moules.

Les années 50 – 90 : L'ère de "Zaza" et Bernadette

Après la guerre, le restaurant devient le repaire des habitués et des premières célébrités.

  • Isabelle (Zaza) Lescarret prend la suite de sa mère et impose un style "sans chichi". C'est la période où les bordelais venaient en famille se restaurer le week end pour pas cher.
  • Puis c'est au tour de sa fille, Bernadette Lescarret, de devenir la figure de proue. C'est elle qui a tenu la salle pendant des décennies avec un mélange d'autorité et de bienveillance, accueillant aussi bien les pêcheurs locaux que les stars internationales.
  • En 1976, une tempête menace à nouveau de détruire le restaurant. Une villa mitoyenne glisse au fond du Bassin, le restaurant menace de suivre. C'est la construction d'une digue qui sauve l'établissement.
Bernadette de Chez Hortense

2000 – 2025 : La 4ème génération (Lafitte / Lescarret)

Depuis le début des années 2000, Bernadette a passé le relais à ses deux fils et à leur cousin :

  • François Lafitte : Le chef de cuisine (le gardien de la recette secrète des moules).
  • Olivier Lafitte : En salle, assurant l'accueil et la gestion.
  • Frédéric Lescarret : En soutien sur la partie logistique et familiale.

Les "Secrets" qui ont fait l'histoire

L'histoire d'Hortense repose sur trois piliers immuables qui n'ont pas changé depuis Hortense Crampé :

  1. La recette des moules : Un secret familial bien gardé (mouillettes de pain, jambon, ail, crème).
  2. Le Turbot grillé : Le plat signature partagé à plusieurs, découpé en salle.
  3. L'absence de hiérarchie sociale : C’est l’un des rares endroits où un ministre peut manger à côté d’un ostréiculteur en bottes, sans que cela ne choque personne.
Chez Hortense Moules
JA

Par Jacques FROISSANT

Directeur de la publication

Bordelais, œnologue, tout allait bien… jusqu’à ce que je dérape dans l’entrepreneuriat RH pour les startups. 😉 Auteur et chroniqueur (L’Express, FrenchWeb, France 3 NOA...), je suis aujourd’hui cofondateur et rédacteur en chef d’AQUI.Media

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