67 % des entreprises utilisent déjà l’IA, mais la vraie révolution commence maintenant
67 % des entreprises françaises utilisent déjà l’IA générative. Mais derrière ChatGPT, une deuxième vague arrive : agents, voix et IA métier.
L'essentiel
- 67 % des entreprises d’au moins 20 salariés utilisent déjà l’IA générative.
- 85 % l’utilisent pour générer du texte et 74 % principalement dans les fonctions support.
- La deuxième vague arrive : agents, voix et IA directement intégrées aux métiers.
- 31 % constatent des gains de productivité avec l’IA générative, contre 41 % avec l’IA non générative.
- Au CHU de Bordeaux, l’IA entre déjà dans les urgences, la cardiologie et l’analyse d’IRM.
ChatGPT a gagné la première manche. Selon une vaste enquête de la Banque de France, 67 % des entreprises françaises d’au moins 20 salariés utilisent désormais l’intelligence artificielle générative. Mais derrière ce chiffre spectaculaire se cachent encore beaucoup de mails réécrits, de documents résumés et d’images générées. La deuxième vague commence à peine : celle des agents, de la voix et des IA directement intégrées aux métiers. Et c’est probablement là que se joueront les vrais gains de productivité.
À l’aéroport de Paris-Orly, l’intelligence artificielle ne se contente plus de rédiger des mails. Elle décroche le téléphone. Chaque jour, le centre de commandement des opérations, l’APOC, reçoit des centaines d’appels concernant des pannes, des dysfonctionnements, des incidents ou des urgences médicales. Avec Concentrix et Volubile, startup en partie basée à Bordeaux, le Groupe ADP vient d’y déployer un agent vocal intelligent. L’appelant décrit son problème et sa localisation avec ses propres mots. L’IA comprend la demande, la qualifie et l’oriente vers le bon service. Pas de touche à taper. Pas de nouveau numéro. Et derrière la voix, des données permettant d’analyser les flux et d’enrichir progressivement la base de connaissances.
Voilà peut-être le vrai changement qui se dessine derrière les chiffres publiés par la Banque de France.
67 % utilisent l’IA, mais pour faire quoi ?
L’enquête mérite qu’on s’y attarde. Près de 7 000 entreprises ont été interrogées entre le 25 février et le 3 avril 2026. Et 67 % des entreprises françaises d’au moins 20 salariés déclarent utiliser l’IA générative. Elles sont même 83 % parmi celles de plus de 1 000 salariés. À première vue, la révolution aurait donc déjà eu lieu. En réalité ce n'est pas encore vraiment le cas.

La Banque de France précise que les usages restent « principalement limités ou expérimentaux ». Surtout, 85 % des entreprises utilisatrices ont recours à des outils de génération de texte. Elles ne sont que 33 % à générer images, audio ou vidéo, 32 % à utiliser des assistants virtuels ou chatbots et 25 % des outils plus spécialisés comme la génération de code ou les agents IA.
Derrière les 67 %, il y a donc encore beaucoup plus de comptes rendus résumés, de présentations préparées et de mails reformulés que d’entreprises profondément transformées.
Même constat lorsqu’on regarde où l’IA est utilisée. 74 % des entreprises utilisatrices la concentrent principalement dans les fonctions support, contre seulement 14,2 % dans les processus de production. Les relations commerciales et les ventes arrivent en tête avec 28,5 %, juste devant l’administration à 27,5 %. La R&D ne représente que 7,1 % du principal usage déclaré, les ressources humaines 5,5 % et la logistique 2,1 %.
ChatGPT, CoPilot et Claude sont entrés dans l’entreprise. Ils n’en ont pas encore bouleversé l'organisation.
Du mail à l’agent IA, la deuxième vague commence
Le rapport montre pourtant que certaines entreprises ont déjà franchi l’étape suivante. Dans l’information-communication, 91 % des entreprises utilisent l’IA générative. Elles sont 84 % dans les activités spécialisées, scientifiques et techniques. Mais surtout, les usages y deviennent beaucoup plus sophistiqués.
Parmi les utilisateurs d’IA générative du secteur information-communication, 78 % ont recours à des outils spécialisés, notamment assistants IA, génération de code ou systèmes agentiques. C’est également le cas de 62 % dans la fabrication de matériels de transport et de 55 % dans les activités spécialisées, scientifiques et techniques.
L’industrie n’est donc pas absente du mouvement. Dans les matériels de transport, 14 % des entreprises déclarent déjà un usage intensif de l’IA générative, contre 6 % en moyenne dans l’industrie. La chimie-pharmacie se distingue également avec 10 %.
La frontière intéressante n’est finalement plus entre ceux qui utilisent l’IA et ceux qui ne l’utilisent pas. Elle passe entre l’IA qui assiste le salarié et celle qui entre réellement dans le métier.
Le voicebot de Volubile à Orly appartient clairement à cette seconde catégorie. Il ne propose pas seulement une réponse à un collaborateur. Il s’insère dans un processus opérationnel existant, comprend une situation et déclenche une orientation.
À Bordeaux au CHU, l’IA entre aussi dans le parcours de soins
La même évolution apparaît dans un domaine où son potentiel est considérable : la santé. Au CHU de Bordeaux, le projet d’établissement 2026-2030 prévoit ainsi une « IA au tri IOA aux urgences ». L’objectif est d’intégrer l’intelligence artificielle dès l’accueil infirmier afin de proposer automatiquement des prescriptions d’examens, avec l’ambition d’accélérer la prise en charge, de réduire l’attente et d’améliorer l’organisation des urgences.
La recherche médicale va encore plus loin avec l'IA.
En cardiologie, le CHU coordonne notamment TALENT, qui utilise l’IA pour améliorer la prédiction et la prévention des accidents vasculaires cardio-emboliques. Le programme ENVISAGE, coordonné par le professeur Thomas Modine, vise de son côté à développer une solution de guidage par l’image utilisant l’IA pour assister la décision clinique lors d’interventions sur les valves cardiaques.
Plus récent encore, le projet HEARTERIX veut utiliser l’IA pour automatiser l’analyse d’IRM cardiaques. L’objectif annoncé donne une idée du changement d’échelle : produire un rapport diagnostique complet en moins de 10 secondes, contre 17 minutes pour un expert humain. Le dispositif doit être validé sur 150 patients, notamment au CHU de Bordeaux.
On est très loin du mail reformulé par ChatGPT. Ces projets ne sont pas couverts directement par l’enquête de la Banque de France, qui n’isole pas le secteur médical. Mais ils illustrent la même bascule : plus l’IA mûrit, plus elle quitte les usages bureautiques pour pénétrer la production, la recherche et les processus métier.
La productivité apparaît avec l’intégration
C’est probablement l’enseignement économique le plus important de l’étude. Pour l’instant, seulement 31 % des entreprises utilisant l’IA générative constatent un gain de productivité. Cette proportion atteint 41 % parmi celles utilisant l’IA non générative, généralement plus complexe à déployer et davantage intégrée aux systèmes de l’entreprise.
Les secteurs les plus avancés sont également ceux qui déclarent le plus fréquemment des gains. Dans les activités spécialisées, scientifiques et techniques, par exemple, 84 % des entreprises utilisent l’IA générative et le solde net de celles déclarant une hausse de productivité liée à l’IA atteint 42,5 %.
La Banque de France reste prudente sur le lien de causalité. Mais elle avance une hypothèse essentielle : les gains dépendraient moins de l’adoption de l’IA que de son degré d’intégration aux processus métier. C’est probablement là que se situe désormais la vraie bataille. Les directions métiers, parce qu’elles connaissent intimement leurs processus, ont donc un rôle central à jouer pour les transformer à la lumière de l’IA et s’engager dans des voies d’amélioration mesurables.
Adoption de l'IA : le plus difficile commence maintenant
Ouvrir un compte ChatGPT prenait quelques minutes. Repenser un processus de production, connecter une IA au système d’information, protéger les données, former les équipes et accepter de lui confier certaines tâches est autrement plus compliqué.
Les obstacles cités par les entreprises le montrent. Parmi celles qui n’utilisent toujours pas l’IA, 49 % disent surtout manquer de cas d’usage identifiés. Le coût n’est cité que par 9 %. Une fois l’IA adoptée, les problèmes changent : compétences techniques insuffisantes pour 33 %, obstacles réglementaires pour 29 %, fiabilité des résultats pour 27 %.
Les entreprises semblent pourtant convaincues que l’effort en vaut la peine. 60 % de celles qui utilisent ou prévoient d’utiliser l’IA anticipent une hausse de leur productivité dans les trois prochaines années, dont 17 % une hausse significative. Un tiers envisage parallèlement d’augmenter ses investissements.
L’impact sur l’emploi apparaît beaucoup moins brutal que certaines prédictions. 21 % envisagent une baisse de leurs effectifs dans les trois ans, essentiellement modérée. La Banque de France observe surtout qu’à ce stade, l’IA est davantage considérée comme un outil d’assistance et d’amélioration de l’efficacité que comme un substitut direct au travail.
Les 67 % constituent donc peut-être le chiffre le moins important de cette étude. La première révolution aura consisté à mettre une intelligence artificielle à portée de clavier de presque tous les salariés. La suivante sera autrement plus complexe : la connecter aux données, aux clients, aux machines, aux chercheurs, aux médecins et aux processus qui font réellement fonctionner l’entreprise.
ChatGPT a démocratisé l’IA au travail. Les agents, la voix et les IA métier pourraient maintenant commencer à transformer l’entreprise.
Sources :
Banque de France, L’IA s’installe dans les entreprises françaises : une diffusion rapide, mais des gains de productivité encore limités, Bulletin 266/1, septembre-octobre 2026.
CHU de Bordeaux, projet d’établissement 2026-2030 et programmes RHU TALENT et ENVISAGE.
Communications publiques de Stéphanie Delestre, Volubile, et David Krieff, Groupe ADP, septembre 2026.
Notre série AQUI : IA votre futur manager ?
Questions fréquentes sur l’IA dans les entreprises
Combien d’entreprises françaises utilisent l’IA générative ?
Début 2026, 67 % des entreprises françaises d’au moins 20 salariés interrogées par la Banque de France déclarent utiliser l’IA générative. Cette proportion atteint 83 % dans les entreprises de 1 000 salariés et plus.
Quels sont les principaux usages de l’IA en entreprise ?
Les usages restent principalement généralistes. Parmi les entreprises utilisant l’IA générative, 85 % ont recours à la génération de texte. L’IA est surtout utilisée dans les fonctions support, tandis que son intégration aux processus de production reste encore minoritaire.
L’intelligence artificielle améliore-t-elle déjà la productivité ?
31 % des entreprises utilisant l’IA générative déclarent constater un gain de productivité. Cette proportion atteint 41 % chez celles utilisant l’IA non générative. Les entreprises les plus avancées sont aussi celles qui intègrent davantage l’IA dans leurs processus métier.
Comment l’IA est-elle utilisée au CHU de Bordeaux ?
Le CHU de Bordeaux développe plusieurs usages opérationnels et médicaux de l’IA, notamment pour le tri aux urgences, la cardiologie et l’analyse d’IRM cardiaques. Ces projets illustrent le passage d’une IA bureautique à une IA directement intégrée aux métiers.
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Par La Rédaction
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