Retour à l'accueilAccueil/Santé Éducation

Partager cet article

Santé Éducation

108 médicaments à éviter en 2026 : ce que cache la « liste noire » de Prescrire

Voltarène, Smecta, Maxilase, Toplexil… Pourquoi Prescrire recommande-t-elle d’écarter 108 médicaments, dont 89 vendus en France ?

Par La Rédaction
Publié il y a 7 sept.
7 min de lecture
108 médicaments à éviter en 2026 : ce que cache la « liste noire » de Prescrire
108 médicaments à éviter en 2026 Photo by Roberto Sorin / Unsplash

Voltarène, Smecta, Maxilase, Toplexil, Chondrosulf… Ces médicaments familiers figurent parmi les 108 produits que la revue indépendante Prescrire recommande d’écarter en 2026. Non parce qu’ils provoqueraient systématiquement des accidents, mais parce que leur efficacité ne justifierait pas les risques encourus. Une distinction essentielle, largement malmenée sur les réseaux sociaux.

Ils sont installés depuis des années dans nos armoires à pharmacie. Certains sont disponibles sans ordonnance. D’autres sont prescrits quotidiennement par les médecins. Pourtant, la revue médicale indépendante Prescrire estime que 108 médicaments présentent une balance bénéfices-risques défavorable. Parmi eux, 89 sont encore commercialisés en France.

Publié en décembre 2025, le bilan 2026 de la revue Prescrire rassemble les médicaments étudiés par la revue entre 2010 et 2025. Il ne s’agit pas d’un classement des produits ayant provoqué le plus d’accidents. Encore moins d’une décision de retrait prise par les autorités sanitaires. La formule « liste noire » ne vient d’ailleurs pas de Prescrire. Elle a été popularisée par les médias et les réseaux sociaux. Plus spectaculaire, forcément.

Des médicaments autorisés, mais jugés plus dangereux qu’utiles

Le principe retenu par Prescrire est celui de la balance bénéfices-risques. Un médicament peut présenter des effets indésirables tout en restant utile. Encore faut-il que son efficacité compense suffisamment ces risques.

Les 108 médicaments recensés ne répondraient pas à cette exigence. Certains ont une efficacité faible ou incertaine. D’autres exposent à des complications graves, alors que des solutions plus sûres existent. Dans quelques situations, la meilleure option consiste simplement à ne pas prendre de médicament. Cette analyse n’a toutefois pas la valeur d’une interdiction.

L’Agence nationale de sécurité du médicament et l’Agence européenne des médicaments restent seules compétentes pour suspendre ou retirer une autorisation de mise sur le marché. Prescrire formule une recommandation scientifique indépendante. La revue, financée par ses abonnements et dépourvue de publicité pharmaceutique, assume souvent des positions plus sévères que celles des autorités.

Cette différence explique une question légitime : pourquoi ces médicaments restent-ils disponibles s’ils sont jugés plus dangereux qu’utiles ? Parce que l’évaluation du risque n’est pas une science parfaitement uniforme. Les autorités peuvent considérer qu’un produit conserve une place dans certaines conditions. Prescrire estime, au contraire, que d’autres choix sont préférables dans toutes les indications autorisées.

Voltarène : le problème concerne surtout la voie orale

Le Voltarène est probablement le nom le plus connu de cette liste. Son principe actif, le diclofénac, appartient à la famille des anti-inflammatoires non stéroïdiens. Prescrire recommande d’écarter le diclofénac pris par voie orale. Il exposerait davantage aux accidents cardiovasculaires que d’autres anti-inflammatoires comme l’ibuprofène ou le naproxène, sans être plus efficace.

La précision est importante. Tous les produits portant le nom Voltarène ne sont pas nécessairement concernés de la même manière. Un comprimé agit dans l’ensemble de l’organisme. Un gel appliqué localement entraîne généralement une exposition plus limitée. Transformer cette recommandation en « Voltarène dangereux » serait donc trop simpliste.

Smecta : du plomb dans l’argile

Utilisé contre certaines diarrhées et douleurs digestives, le Smecta contient de la diosmectite. Cette argile naturelle peut comporter de faibles quantités de plomb. Le risque est notamment surveillé chez les enfants et les femmes enceintes. Prescrire considère que l’intérêt limité du produit ne justifie pas cette exposition. La revue recommande également d’écarter d’autres argiles médicamenteuses utilisées contre les troubles digestifs.

Cela ne signifie pas qu’une prise de Smecta entraîne une intoxication au plomb. La critique porte sur une exposition évitable à une substance toxique, pour un bénéfice jugé insuffisant.

Maxilase et Toplexil : les classiques de l’hiver contestés

Le Maxilase est fréquemment utilisé contre les maux de gorge. Il contient de l’alpha-amylase, une enzyme dont l’efficacité clinique n’est pas solidement démontrée. Elle peut cependant provoquer des réactions allergiques, parfois graves. Dans la plupart des maux de gorge bénins, les symptômes disparaissent spontanément. Des boissons, du miel, des pastilles ordinaires ou du paracétamol peuvent suffire selon les situations.

Le Toplexil pose une autre difficulté. Ce sirop contre la toux contient de l’oxomémazine, un antihistaminique sédatif. Il peut provoquer une somnolence importante, des troubles de la vigilance et des effets dits atropiniques, comme une sécheresse buccale, une constipation ou des difficultés à uriner. Son effet sédatif est parfois confondu avec une efficacité contre la toux. Dormir après avoir pris un sirop ne signifie pas nécessairement que celui-ci traite la cause du symptôme.

Chondrosulf rejoint la liste en 2026

La chondroïtine, commercialisée notamment sous le nom de Chondrosulf, fait partie des quatre ajouts du bilan 2026. Utilisée dans l’arthrose du genou ou de la hanche, elle n’aurait pas démontré d’efficacité clinique suffisamment convaincante. Elle peut aussi provoquer des réactions d’hypersensibilité, notamment des urticaires ou des œdèmes.

Trois autres médicaments entrent dans la liste cette année.

Le fézolinétant, vendu sous le nom Veoza contre les bouffées de chaleur de la ménopause, est critiqué pour son efficacité modeste et son risque d’atteinte hépatique. Le géfapixant, ou Lyfnua, destiné à certaines toux chroniques, provoque fréquemment des troubles du goût. Enfin, l’andexanet alfa, utilisé à l’hôpital lors de certaines hémorragies sous anticoagulants, exposerait à des accidents thromboemboliques graves.

Antidépresseurs et médicaments cardiovasculaires également concernés

La liste ne se limite pas à la petite pharmacie familiale.

Prescrire recommande notamment d’écarter l’escitalopram, commercialisé sous le nom Seroplex, et le citalopram, ou Seropram. La revue considère que ces deux antidépresseurs exposent davantage aux troubles du rythme cardiaque et aux conséquences graves d’un surdosage que d’autres médicaments de la même famille.

L’olmésartan, présent notamment dans Olmetec, Alteis, Sevikar ou Coolmetec, est également visé. Cet antihypertenseur peut provoquer des atteintes intestinales sévères. D’autres sartans offriraient une efficacité comparable sans exposer au même niveau de risque.

La trimétazidine, connue sous le nom Vastarel, est critiquée pour ses effets neurologiques. Des syndromes parkinsoniens ont notamment été rapportés.

Ces exemples imposent une précaution absolue. Un antidépresseur ou un traitement cardiovasculaire ne doit jamais être interrompu brutalement sans avis médical. L’arrêt peut être plus dangereux que la poursuite temporaire du médicament.

Le Spasfon, grand absent souvent ajouté par erreur

Depuis quelques mois, plusieurs publications placent également le Spasfon dans la « liste noire 2026 ». Certaines avancent même le chiffre de 26,5 millions de boîtes remboursées en une année. Prescrire a bien émis des réserves sur l’efficacité du phloroglucinol, le principe actif du Spasfon. Mais celui-ci ne figure pas parmi les 108 médicaments du bilan annuel.

Attention, ce genre de glissement est révélateur d'une facilité à dénigrer. Une critique publiée par Prescrire devient une inscription dans la liste. Puis la liste devient un classement. Enfin, le classement se transforme en « Top 14 des médicaments dangereux ». À chaque étape, un peu de précision disparaît.

Ne pas jeter ses médicaments, mais poser les bonnes questions

Découvrir le nom de son traitement dans ce bilan peut inquiéter. La mauvaise réaction serait de l’arrêter immédiatement. La bonne consiste à interroger son médecin ou son pharmacien.

Quelle efficacité peut-on réellement en attendre ? Quels sont les risques dans mon cas personnel ? Existe-t-il une alternative mieux évaluée ? Peut-on réduire la dose ou la durée du traitement ?

La liste de Prescrire ne fournit pas une réponse individuelle. Elle pose néanmoins une question collective assez dérangeante : pourquoi continuons-nous à consommer des médicaments dont le bénéfice est parfois minime, simplement parce que leur nom nous est familier ?

Dans nos armoires à pharmacie comme ailleurs, l’ancienneté d'un médicament n’a jamais constitué une preuve d’efficacité.

Liens à consulter

Avertissement

Cet article présente l’analyse publiée par la revue Prescrire. Il ne constitue pas un avis médical. Un traitement prescrit ne doit jamais être arrêté ou modifié sans consulter un médecin ou un pharmacien.

Mots-clés :

LA

Par La Rédaction

Auteur

La rédaction d’AQUI.Media prolonge l’esprit libre et régional d’Aqui.fr, média fondé en 2006. Indépendante et ancrée en Nouvelle-Aquitaine, elle explore l’économie, la société et l’innovation, avec un ton engagé, impertinent et sans filtre.

BordeauxSite web