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Économie

Léa Nature : des convictions transformées en outil industriel

Numéro deux du bio en France, Léa Nature renoue avec une croissance soutenue en 2025. Derrière les chiffres, une trajectoire atypique : celle d'un groupe familial qui a fait de ses convictions environnementales le socle de son outil industriel.

Par Jacques FROISSANT
Publié il y a 17 mars
4 min de lecture
Léa Nature : des convictions transformées en outil industriel
La Rochelle - Léa Nature

La Rochelle - Léa Nature avec 525 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2025 et une croissance de 6 % sur ses ventes alimentaires bio, le groupe charentais confirme que le pari industriel engagé de longue date paie. Retour sur une trajectoire atypique, celle d'une entreprise familiale qui a fait de ses valeurs un levier de compétitivité.

Une conviction née avant le marché

En 1993, Charles Kloboukoff n'est pas un idéaliste sans boussole. Ancien acheteur national pour Intermarché, puis directeur marketing et commercial en laboratoire pharmaceutique, il connaît les rouages de la grande distribution. Mais à 30 ans, il fait un pari à contre-courant : créer un laboratoire dédié aux compléments alimentaires naturels et à la phytothérapie, dans un marché alors en perte de vitesse. Le Laboratoire d'Équilibre Alimentaire L.É.A.,voit le jour à Pantin, fort d'une conviction ancrée dans l'enfance, héritée d'un grand-père passionné par les plantes. Le déménagement du siège social à La Rochelle intervient dès 1996, trois ans après la création.

Trois décennies plus tard, ce pari fondateur s'est mué en un groupe de 2 000 salariés, numéro deux du bio en France, avec 2 500 références distribuées dans tous les circuits : grande distribution, magasins spécialisés, pharmacies, restauration collective et e-commerce. La trajectoire n'a pas été linéaire. Mais elle a été cohérente.

L'industrie comme prolongement des valeurs

Là où beaucoup de groupes agroalimentaires ont externalisé leur production, Léa Nature a fait le chemin inverse. Entre 2017 et 2021, la Compagnie Léa Nature a engagé 100 millions d'euros dans son outil industriel français. Ainsi aujourd'hui, Léa c'est 17 sites de production bio implantés dans plusieurs régions, de la Charente-Maritime au Lot-et-Garonne, en passant par le Gers. Jus de fruits à Monflanquin, conserves à Bazens, biscuits à Saint-Jean-d'Angély, ou cosmétiques à Périgny, autant d'ateliers qui matérialisent une philosophie : fabriquer ce que l'on vend, là où l'on vit.

Ce choix n'est pas qu'idéologique. Il est stratégique. En maîtrisant ses chaînes de production, le groupe limite sa dépendance aux aléas des importations, renforce la traçabilité de ses produits et consolide des filières agricoles bio locales en partenariat avec des coopératives. Dans un contexte de crise agricole et de débat croissant sur la souveraineté alimentaire, cet ancrage territorial constitue désormais un argument de vente à part entière.

2025 : une croissance qui récompense la vision

Les résultats 2025 valident cette stratégie de long terme. Les ventes alimentaires bio du groupe progressent de 6 %, surpassant la croissance du marché bio français estimée à 4,6 % sur la même période. Les filiales européennes affichent quant à elles +10 %, signe que le modèle voyage au-delà des frontières hexagonales. Sur le plan des circuits de distribution, la restauration collective se distingue avec une hausse de 10 %, suivie par les magasins spécialisés bio (+6,5 %) et les grandes surfaces (+5 %).

Le groupe attribue en partie cette dynamique à des arbitrages tarifaires délibérément restrictifs. Face à la hausse du coût de certaines matières premières végétales, les fruits en tête, notamment le citron, Léa Nature a fait le choix d'absorber une partie de la pression inflationniste pour ne pas répercuter l'intégralité des hausses sur les consommateurs. Une décision qui pèse sur les marges à court terme, mais qui vise à défendre la compétitivité prix du bio face aux produits conventionnels, l'un des freins historiques à la démocratisation du secteur.

Léa Nature : les défis à venir

Malgré ces signaux positifs, la direction reconnaît que le taux de remplissage de ses usines reste perfectible. Un enjeu industriel de taille : les investissements des années 2017-2021 ont créé des capacités productives importantes, dont la pleine valorisation dépend d'une demande qui, bien que repartie à la hausse, n'a pas encore retrouvé la trajectoire d'avant la crise de 2021-2023.

La question de la gouvernance constitue également un chapitre à part. En 2021, Charles Kloboukoff a annoncé son intention de transmettre la majorité des actions du groupe au Fonds FICUS, un fonds de dotation d'intérêt général alimenté par les dividendes du groupe. Un geste philanthropique rare dans le monde de l'industrie agroalimentaire française, qui vise à pérenniser l'indépendance du groupe et à ancrer ses missions sociales et environnementales dans ses statuts mêmes, bien au-delà de l'horizon d'un actionnaire ordinaire.

En trente ans, Léa Nature a démontré qu'un modèle industriel fondé sur des convictions et une vraie vision marché pouvait être économiquement robuste. La croissance de 2025 en est la dernière illustration mais probablement pas la dernière page.

JA

Par Jacques FROISSANT

Directeur de la publication

Bordelais, œnologue, tout allait bien… jusqu’à ce que je dérape dans l’entrepreneuriat RH pour les startups. 😉 Auteur et chroniqueur (L’Express, FrenchWeb, France 3 NOA...), je suis aujourd’hui cofondateur et rédacteur en chef d’AQUI.Media

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