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Économie

Pure Salmon en Gironde : quand la démocratie participative ne sert à rien

Vingt mille contributions citoyennes, 98 % défavorables. Et pourtant : le 24 mars 2026, la commission d'enquête a rendu un avis favorable au projet de ferme industrielle de saumons Pure Salmon à Verdon-sur-Mer. Ce que révèle ce revers démocratique sur les rives de la Gironde.

Par La Rédaction
Publié il y a 2 avr.
4 min de lecture
Pure Salmon en Gironde : quand la démocratie participative ne sert à rien
Pure Salmon en Gironde Image @Pure Salmon

Le Verdon - Un fonds singapourien, une friche estampillée par l'État, un estuaire classé parmi les plus précieux d'Europe. Le projet de ferme industrielle de saumons en Gironde a reçu un avis favorable en mars dernier, malgré une opposition citoyenne et scientifique quasi-unanime.

Il y a des enquêtes publiques qu'on ne demande que pour la forme. Celle de Pure Salmon implanté dans la commune de Verdon-sur-Mer en est une. Vingt mille contributions citoyennes déposées, dont 98 % défavorables. Et pourtant, le 24 mars 2026, la commission d'enquête a rendu un avis favorable, creusant davantage une fracture déjà bien visible entre les citoyens et ceux qui décident à leur place.

Pure Salmon : un projet de 275 millions d'euros porté par des capitaux étrangers

Pure Salmon n'est pas une coopérative locale. C'est une société domiciliée à Abu Dhabi, financée par un fonds d'investissement singapourien 8F Asset Management, qui veut implanter en Gironde ce qui deviendrait la plus grande ferme terrestre d'élevage de saumons du monde. Dix mille tonnes de poissons par an, 24 bassins géants, sur 14 hectares d'un ancien terminal portuaire appartenant au Grand Port Maritime de Bordeaux. Un investissement qui s'élève à 275 millions d'euros.

Le choix du site n'est pas anodin. Il est classé « territoire industriel clé en main » par l'État, un label conçu pour accélérer l'implantation d'industries en reconversion. Ce n'est d'ailleurs pas le premier essai de Pure Salmon : l'entreprise avait tenté sa chance à Boulogne-sur-Mer avant d'en être écartée pour insuffisances environnementales. De son côté, l'entreprise met en avant le soutien des élus de Médoc Atlantique, acquis à 14 voix pour et une abstention lors du vote du 4 décembre 2025, comme preuve d'une adhésion locale au projet.

27 tonnes de boues par jour : ce que le projet Pure Salmon ferait à la Gironde

L'estuaire de la Gironde n'est pourtant pas une page blanche à façonner. C'est le seul habitat de reproduction au monde de l'esturgeon européen, un parc naturel marin, des zones Natura 2000. L'usine compte y pomper 6 500 m³ d'eau par jour dans des nappes déjà sous pression, rejetterait 27 tonnes de boues quotidiennes et déverserait des eaux chargées en azote et en phosphore.

Ce que le BRGM pointe est peut-être encore plus fondamental : les pompages massifs risquent de contaminer les nappes phréatiques locales. Dans une zone déjà en manque d'eau, ce sont les robinets des habitants qui pourraient trinquer en premier.

Dans un communiqué de presse publié le 30 décembre 2025 et intitulé « Informations et clarifications sur notre projet d'élevage de saumon durable », l'entreprise s'attache à valoriser les bénéfices de sa technologie RAS, circuit fermé, absence d'antibiotiques, boues transformées en biogaz, sans jamais répondre frontalement aux questions posées par les experts sur les volumes de rejets, la pression sur les nappes phréatiques ou les effets cumulés sur l'estuaire. Un silence éloquent, dans un document qui se présente pourtant comme une réponse point par point aux « idées reçues ».

800 manifestants, 20 ONG, des recours en justice : la résistance s'organise

Face à ce projet, les avis défavorables se sont accumulés : le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), la Commission locale de l'eau, le Conseil scientifique de l'estuaire. Sans oublier 800 manifestants le 18 janvier 2026, un banc d'humains dans un village de 1 500 habitants. Et une coalition de vingt ONG nationales (Greenpeace, Sea Shepherd, L214, Oxfam), mobilisées contre le projet.

Plusieurs acteurs du territoire se sont organisés. Le collectif Non au projet Pure Salmon regroupe riverains, pêcheurs et militants locaux. L'association Estuaire pour tous a mandaté son propre expert hydrogéologue pour contester les données techniques du dossier. La SEPANSO, fédération girondine historique de protection de la nature, a engagé des recours juridiques. Ensemble, ces trois structures ont réussi à transformer un combat local en débat national.

Préfet, Coderst, tribunaux : les prochaines étapes qui vont décider du sort de Pure Salmon

Pure Salmon joue sa carte maîtresse : la France importe près de 99 % de son saumon, cette ferme couvrirait 5 % de la consommation nationale, réduirait les émissions liées au transport et créerait 250 emplois directs. Face à cela, Esther Dufaure, porte-parole de l'ONG Seastemik, résume l'argument adverse : de Bayonne à La Rochelle, ce sont 8 000 emplois qui dépendent directement de la santé de l'estuaire.

Avant que le préfet de Gironde ne statue sur l'autorisation environnementale, le Coderst doit encore rendre un avis consultatif. Pure Salmon ne doute pas : une mise en service en 2028, les premiers saumons commercialisés en 2030. Des recours juridiques sont pourtant déjà en préparation.

Et le doute vient de là où on ne l'attendait pas : favorable au projet, le maire de Verdon-sur-Mer lui-même déclarait à Vert.eco : « 250 emplois, ça reste à démontrer. »

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La rédaction d’AQUI.Media prolonge l’esprit libre et régional d’Aqui.fr, média fondé en 2006. Indépendante et ancrée en Nouvelle-Aquitaine, elle explore l’économie, la société et l’innovation, avec un ton engagé, impertinent et sans filtre.

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