Après le sapin de Noël, les bancs de Tourny
Après le sapin de Noël en verre, Bordeaux se retrouve avec des bancs en bois scellés aux Allées de Tourny, installés à la place des stationnements. Symboles écologiques, coûts cachés et usages absurdes : un nouvel épisode de moquerie urbaine à quelques mois des municipales.

À Bordeaux, l’écologie aime provoquer surtout à Noël. Parfois jusqu’au fou rire.
Bordeaux a ses marronniers. Les cannelés. Les quais. Serge le lama... Et, depuis quelques années, les polémiques de choix urbains de la Mairie.
Souvenez-vous. Décembre 2019. La ville découvre, médusée, le sapin de Noël en verre installé place Pey-Berland. Un ovni esthétique. Transparent. Conceptuel. Très conceptuel.
À l’époque, la mairie explique. Pédagogie verte. Fin du « vrai sapin coupé », place à une œuvre durable, réutilisable, vertueuse.
Le problème n’est pas tant l’intention que le résultat. Et surtout, ce que personne ne raconte.

Le sapin de Noël… vraiment durable ?
Sur le papier, l’argument est imparable. Un sapin réutilisable chaque année, donc plus écolo qu’un sapin naturel coupé puis recyclé. Dans la vraie vie, l’histoire est un peu moins magique.
Car ce sapin en verre, personne ne le voit le reste de l’année.
Il faut donc le stocker.
Le transporter.
Le monter.
Le démonter.
Le réparer quand une pièce casse.
Le sécuriser.
Et recommencer chaque mois de décembre.
Résultat : si l’on additionne achat initial, montage, démontage, manutention spécialisée, stockage sécurisé et réparations, la facture grimpe. Chaque année.
Probablement plus cher, sur dix ans, que d’acheter… dix vrais sapins.
Mais ça, bizarrement, personne n’en parle.
La morale écologique tient parfois à un PowerPoint.
Les bancs de Tourny, épisode suivant
Fast-forward.
Décembre 2025. Nouveau décor. Les Allées de Tourny.
Lieu emblématique. Patrimoine classique. Perspective bordelaise au cordeau.
Et désormais, des bancs en bois scellés au sol… à la place des stationnements de voitures.
Là encore, le discours est bien huilé :
Le projet de réaménagement des allées de Tourny vise avant tout à diversifier les usages et les activités sur et autour de cet espace urbain remarquable pour le rendre plus vivant, plus agréable à vivre pour toutes et tous.
La Mairie de Bordeaux enclenche donc une phase transitoire d'installation de jardinières ou terrasses en bois pour mieux se rendre compte du futur résultat. Tout cela à quelques semaines de Noël. Les commerçants sont ravis.

Dans les faits, la scène prête surtout à sourire. Imaginez.
Vous êtes assis sur un banc flambant neuf le long de la chaussée. Le nez dans les pots d’échappement. Les pieds frôlés par les roues de voitures.
Ambiance relaxation garantie.
Incompréhensible en l'état, aucune explication du pourquoi, du comment...
Autre point qui pique. Le coût global du projet, souvent évoqué autour de 15 millions d’euros selon les phases et aménagements projetés. Peut-être pas la priorité par les temps qui courent.
Le syndrome du symbole
Sapin en verre hier. Bancs de Tourny aujourd’hui.
Même logique. Faire symbole. Marquer idéologiquement l’espace.
Quitte à froisser. Quitte à ridiculiser.
Car ce qui alimente la moquerie, ce n’est pas la volonté écologique.
C’est le décalage entre l’intention affichée et l’usage réel.
Un sapin que personne ne trouve chaleureux.
Un banc sur lequel personne ne veut s’asseoir.
À force de vouloir donner des leçons, la mairie finit par offrir des punchlines à ses opposants. A moins de 3 mois des prochaines élections municipales, cela laisse rêveur.
Après le sapin de Noël en verre, les bancs de Tourny entrent dans la collection du bashing écologique bordelais. Au moins cela fait rire...

Mots-clés :
Par Jacques FROISSANT
Directeur de la publication
Bordelais, œnologue, tout allait bien… jusqu’à ce que je dérape dans l’entrepreneuriat RH pour les startups. 😉 Auteur et chroniqueur (L’Express, FrenchWeb, France 3 NOA...), je suis aujourd’hui cofondateur et rédacteur en chef d’AQUI.Media
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