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Municipales 2026

Municipales 2026 à Périgueux : l'heure des comptes dans une cité à bout de souffle

Périgueux entre en campagne de rupture. Après la démission de Delphine Labails, les cicatrices d'une mandature tourmentée redessinent un paysage électoral inédit : une gauche fragmentée, une droite réunifiée, LFI en arbitre et le RN aux abonnés absents.

Par La Rédaction
Publié il y a 9 mars
10 min de lecture
Municipales 2026 à Périgueux : l'heure des comptes dans une cité à bout de souffle
Municipales 2026 à Périgueux

À quelques jours du premier tour des élections municipales 2026, la préfecture de Dordogne n'est plus le long fleuve tranquille que la gauche avait domestiqué depuis 2020. La démission de Delphine Labails en mai 2025, un audit interne sur les conditions de travail resté longtemps sous le boisseau, une droite réconciliée et une France insoumise en embuscade : les ingrédients d'un scrutin hors-norme sont réunis.

Périgueux ne se contente pas d'aborder une simple élection locale ; elle s'apprête à solder les comptes d'une mandature marquée par des séismes internes sans précédent, une gestion humaine contestée et une recomposition des forces qui pourrait bien faire basculer ce bastion socialiste dans l'inconnu.

Le séisme Labails : de l'euphorie de 2020 au traumatisme de l'audit interne

L'histoire de ce mandat restera indissociable de la figure de Delphine Labails, dont l'élection en 2020 avait été saluée comme un renouveau démocratique majeur, portant pour la première fois une femme à la tête de la mairie de Périgueux. Pourtant, l'euphorie a laissé place à une crise de gouvernance d'une rare intensité. Si la version officielle a longtemps mis en avant un "épuisement professionnel" pour justifier son retrait en décembre 2024, puis sa démission effective le 10 mai 2025, les bruits de couloir de l'Hôtel de Ville racontent une tout autre réalité.

Ce que murmurent avec amertume les agents municipaux, c'est l'existence d'un audit interne dévastateur sur les conditions de travail au sein des services. Cette enquête, restée longtemps sous le boisseau, aurait mis en lumière un mal-être profond, des tensions managériales insoutenables et un climat de pression exercé par l'équipe dirigeante. Ce n'est pas seulement la santé de la maire qui a flanché, c'est tout un système de gouvernance verticale qui s'est fracassé contre la réalité humaine de l'administration périgourdine. L'opposition, par la voix d'Antoine Audi, n'a pas manqué de qualifier cet épisode de "première historique", soulignant qu'une maire se faisait "débarquer par sa propre équipe".

Delphine Labails, bien que restée conseillère municipale jusqu'à sa démission définitive, a vu son influence s'évaporer. Elle n'est d'ailleurs pas sur la liste de son successeur pour 2026 et prépare, selon ses propres déclarations, "d'autres échéances électorales, potentiellement les législatives".

Les enjeux de la campagne

La sécurité est devenue la préoccupation numéro un des Périgourdins, rejoignant une tendance nationale. Dans une ville où le sentiment d'insécurité grandit dans certains quartiers, le débat sur l'armement de la police municipale structure les positionnements : Lavitola reste prudent, Audi et Cadet en font un préalable, Belloteau dénonce une "course à l'armement" au détriment de la prévention.

La mobilité est l'autre grand dossier noir. Le réaménagement des boulevards, salué par les défenseurs de l'écologie urbaine, est vécu comme un calvaire par les commerçants et les automobilistes. Les embouteillages aux heures de pointe et la suppression de places de stationnement en centre-ville sont devenus des arguments massue pour la droite. L'enjeu est de réconcilier l'impératif climatique avec la réalité économique d'un commerce de proximité qui souffre face aux zones périphériques du Grand Périgueux.

Sur l'éducation, Lavitola mise sur la sanctuarisation du Projet Éducatif Global, héritage salué du mandat précédent. La droite promet un audit des coûts. LFI veut la gratuité totale de la restauration scolaire.

La question budgétaire traverse enfin toute la campagne. Avec des investissements massifs dans la rénovation thermique et des projets d'aménagement structurants, la municipalité affiche une volonté verte indiscutable. Mais l'opposition dénonce une fuite en avant financée par l'emprunt dans un contexte de taux élevés.

La guerre des poubelles : le SMD3 au cœur de la campagne

Au-delà des têtes d'affiche, la campagne se joue dans les ruelles de la vieille ville sur un sujet inattendu : les ordures. La fin de la collecte au porte-à-porte et l'instauration d'une redevance incitative par le Syndicat Mixte Départemental (SMD3) ont provoqué une explosion des dépôts sauvages. La ville déploie six agents dédiés qui ouvrent chaque année quelque 4 200 sacs pour identifier les contrevenants et verbalisent environ 150 personnes, pour un coût annuel estimé entre 400 000 et 500 000 euros. Le tribunal de Bordeaux a déjà ordonné au SMD3 de revoir sa grille tarifaire pour rupture d'égalité, première victoire judiciaire pour les associations de contestation.

Chaque candidat y va de sa proposition : Audi veut doubler les bennes et garantir une intervention en moins de quatre heures ; Cadet propose de doubler les points d'apport volontaire en centre-ville ; Belloteau exige un moratoire sur le SMD3 avec une tarification sociale ; Lavitola reconnaît que la redevance est "perçue comme punitive" et souhaite l'assouplir. La question des déchets incarne, à elle seule, la fracture entre intention politique et quotidien des habitants.

Municipales 2026 : les candidats déclarés à Périgueux

La course à la mairie de Périgueux voit s'affronter cinq listes officiellement déclarées. Le scrutin de 2026 s'annonce comme une bataille entre une gauche fragmentée et une droite réunifiée, avec LFI en position d'arbitre. Une configuration qui rend toute prédiction risquée et qui pourrait aboutir à une triangulaire historique au second tour.

Emeric Lavitola (Union de la Gauche)

L'accession d'Emeric Lavitola au fauteuil de maire en mai 2025 n'a pas été le fruit d'un choix électoral, mais d'une nécessité de survie pour la majorité socialiste. Enseignant de 46 ans et ancien premier adjoint, dauphin par défaut, Lavitola tente depuis un an de pacifier une mairie traumatisée. Son style, plus feutré et pragmatique que celui de sa prédécesseure, vise à restaurer un dialogue social rompu avec les 800 agents de la ville.

Sa liste "Périgueux nous rassemble", dévoilée le 4 février, est la coalition de gauche la plus large jamais bâtie dans la ville : PS, PCF, Génération.s, les Écologistes et l'Après, le mouvement de l'ex-députée Pascale Martin. L'équipe est renouvelée à 60% par rapport au conseil municipal actuel, avec Anne Marchand en deuxième position et Rodolphe Delcros en troisième. Lavitola mise sur deux piliers : la stabilité et une vision à long terme, autour d'une grande consultation citoyenne projetant le "Périgueux de 2050", tournée vers la rivière et les enjeux démographiques.

Pourtant, la critique est vive. Pour ses détracteurs, Lavitola est le comptable d'un bilan qu'il a co-écrit pendant quatre ans aux côtés de Labails. On lui reproche l'aménagement controversé des boulevards, la gestion des parkings relais et une gouvernance jugée déconnectée des usages réels. Peut-on réellement parler de renouveau quand le premier adjoint de l'époque devient le maire d'aujourd'hui ?

Antoine Audi (Divers Droite)

À droite, l'odeur du sang a réveillé les appétits. Antoine Audi, maire de 2014 à 2020, ne cache plus son intention de reprendre son bien. Sous le slogan "Périgueux Ensemble", il mène une campagne offensive contre la municipalité sortante, qu'il qualifie "d'échec total". Sa liste bénéficie du soutien formel de LR, Renaissance et l'UDI, avec en position éligible Patrick Palem, son ancien rival de 2020, et l'ex-député macroniste Philippe Chassaing.

Ce ralliement est la force principale d'Audi. En 2020, la division entre sa liste et celle de Palem avait coûté la mairie à la droite lors d'une triangulaire fatale. En 2026, l'union fait sa puissance. Ensemble, ils dénoncent le coût des projets "pharaoniques" de la gauche et axent la campagne sur trois thèmes concrets : la propreté (doubler les voitures à bennes, intervention garantie en moins de quatre heures), la sécurité (armement de la police municipale, vidéosurveillance étendue) et la mobilité (révision du réaménagement des boulevards, symbole de la fracture entre écologie urbaine et réalité commerciale du centre-ville).

Michel Cadet (Horizons)

Michel Cadet, 64 ans, ancien médecin généraliste de la place Plumancy, porte "Unir Périgueux" sous étiquette Horizons avec une ligne revendiquée : "ni de droite, ni de gauche", au service des Périgourdins. Sa liste compte sept anciens membres de l'équipe Audi 2020, dont Laurent Mossion, l'ex-premier adjoint. Un profil de rassemblement qui attire mais qui expose aussi.

La fin de campagne lui a réservé une polémique inattendue. Dans la nuit du 2 au 3 mars, le collectif "Résistance 24" a distribué des tracts le comparant à "un bon docteur RN" et l'accusant de proximité avec le Rassemblement national, s'appuyant notamment sur une photo de l'une de ses colistières aux côtés de la députée RN Nadine Lechon. Cadet a riposté en écrivant au procureur de la République pour dénoncer le caractère "injurieux et diffamatoire" des tracts et la "captation d'image sans consentement". L'épisode illustre la nervosité d'une fin de campagne où les coups bas ont remplacé le débat de fond.

Vincent Belloteau (LFI)

C'est sans doute la dynamique la plus inquiétante pour Emeric Lavitola. Vincent Belloteau, à la tête de la liste "Périgueux en Commun", porte les couleurs de La France insoumise et d'une gauche de rupture qui refuse le compromis avec la majorité socialiste. Ancien élu d'opposition à Coulounieix-Chamiers, désormais installé dans le quartier Saint-Georges, il connaît parfaitement les dossiers techniques et les failles de la majorité actuelle.

Sa liste, présentée le 21 janvier à la Filature de l'Isle, est volontairement "plurielle et diverse" : une dizaine de colistiers sans lien avec LFI, dont Marie Cherbéro, élue municipale en 2020 sur la liste du collectif citoyen. Le programme est radical : gratuité totale des cantines scolaires et des transports en commun, moratoire sur la collecte des déchets par le SMD3, création d'un centre de santé municipal, neuf premiers mètres cubes d'eau gratuits par foyer et, en symbole fort, le déboulonnage de la statue du maréchal Bugeaud.

En 2020, LFI avait participé à l'union de gauche. En 2026, elle se pose en arbitre. Si Belloteau réalise un score significatif au premier tour, il sera en position de force pour imposer ses conditions à Lavitola, ou, pire pour le PS, de maintenir sa liste dans une triangulaire qui offrirait les clés de la ville à la droite.

Jonathan Almosnino (Lutte Ouvrière)

Pour la première fois de son histoire, Lutte Ouvrière présente une liste à Périgueux. Jonathan Almosnino, professeur d'histoire-géographie en région parisienne et déjà candidat aux deux dernières législatives en Dordogne, mène une équipe composée de "travailleurs, travailleuses, retraités, chômeurs, ouvriers, profs et employés". Pas d'agenda local précis, mais une volonté de rupture et de faire entendre que "les travailleurs font tout fonctionner dans la société". Sa principale colistière est Kassandra Cros. Une liste de témoignage qui pèsera néanmoins sur l'arithmétique du second tour.

Le RN absent : incapable de se mettre en ordre de marche

L'énigme de ce scrutin reste l'absence du Rassemblement national. Alors que le parti détient trois des quatre sièges de députés en Dordogne dont celui de Périgueux avec Nadine Lechon, il ne présentera aucune liste dans la préfecture. Les raisons officielles : incapacité à respecter la parité, abandon de la tête de liste pressentie, et renonciation définitive confirmée 24 heures avant la clôture des dépôts de candidature. Le tout démontrant une incompétence rare à ce niveau.

La situation offre ainsi à Antoine Audi une opportunité en or de capter cet électorat orphelin.

Périgueux : le crépuscule d'un système ou l'aube d'une transition réussie ?

Le ton de cette campagne 2026 à Périgueux est celui de la désillusion mêlée à une soif de clarté. L'ambiance dans les rues de la cité médiévale est celle d'une ville à la croisée des chemins, épuisée par les crises internes de sa majorité et inquiète pour son avenir sécuritaire et économique. Les attaques personnelles fusent, le vernis de la courtoisie républicaine a craqué lors des derniers conseils municipaux.

Trois scénarios se dessinent. Emeric Lavitola arrive en tête mais doit composer avec Vincent Belloteau pour garder la mairie, au prix de concessions programmatiques douloureuses. Antoine Audi, porté par la vague droite-centre, profite d'une gauche divisée pour l'emporter au second tour. Ou bien une triangulaire à trois blocs quasi équilibrés donne à celui qui maintient sa liste le rôle de faiseur de roi.

Le vainqueur héritera d'une ville riche d'un patrimoine exceptionnel, mais dont le moteur social a besoin d'une révision complète. Le 15 mars dira si Périgueux choisit la continuité, le retour ou la rupture.


AQUI.Media analyse les municipales 2026 dans les grandes villes de Nouvelle-Aquitaine : enjeux, forces en présence et dynamiques politiques.

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