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Municipales 2026

Municipales 2026 à Guéret : sept listes, une ville à reconquérir

Guéret concentre l'une des batailles municipales 2026 les plus disputées de Nouvelle-Aquitaine. Sept listes, une maire sortante pragmatique mais isolée institutionnellement, une gauche divisée en trois et une droite tout autant fragmentée : décryptage complet.

Par La Rédaction
Publié il y a 6 mars
9 min de lecture
Municipales 2026 à Guéret : sept listes, une ville à reconquérir
Municipales 2026 à Guéret

À moins de dix jours du premier tour, la préfecture de la Creuse s'apprête à vivre l'une des batailles municipales les plus disputées de son histoire récente. Sept listes, une maire sortante sur la défensive, une gauche en ordre dispersé et une droite fragmentée : le scrutin des 15 et 22 mars promet d'être décisif pour l'avenir d'une ville qui perd des habitants depuis une décennie.

Guéret, 13 170 habitants, chef-lieu de la Creuse et ville-préfecture de la grande région Nouvelle-Aquitaine : rarement la cité creusoise n'avait concentré autant d'appétits politiques. Sept listes ont été déposées en préfecture avant la date butoir du 26 février 2026, du jamais vu pour une commune de cette taille. Signe que l'enjeu dépasse le simple renouvellement d'un conseil municipal : il s'agit d'une véritable remise en question du modèle de gouvernance inauguré en 2020 par Marie-Françoise Fournier, première maire sans étiquette de l'histoire récente de la ville.

Le bilan Fournier : entre pragmatisme assumé et fracture institutionnelle

Élue en 2020 au terme d'un second tour serré, 83 voix seulement la séparaient d'Éric Correia, Marie-Françoise Fournier a conduit un mandat qu'elle qualifie elle-même de « baptême du feu ». La crise sanitaire a d'abord absorbé les premières années, retardant les projets structurants. La méthode, qualifiée de « pragmatique » et « pacifique » par ses partisans, a pourtant produit des résultats tangibles sur le front de la revitalisation commerciale : le taux de vacance des cellules du centre-ville est passé de 32 % en 2020 à 18 % au début de l'année 2026. Une aide forfaitaire de 10 000 euros a été mise en place pour encourager l'achat de logements en résidence principale dans le périmètre central, et les travaux d'une clinique dentaire portée par le groupe espagnol IOC ont débuté en janvier 2026, avec une exonération de loyer sur six ans.

Mais cette mandature restera aussi marquée par une rupture institutionnelle majeure avec la Communauté d'Agglomération du Grand Guéret, présidée par Éric Correia. Poussée à bout par ce qu'elle qualifie d'un fonctionnement excluant tout débat démocratique, Marie-Françoise Fournier a décidé que la ville ne siégerait plus aux instances de l'agglo, la fameuse « politique de la chaise vide ». Une décision qui a cristallisé les tensions et pesé, selon ses adversaires, sur plusieurs dossiers de subventions et d'investissements lourds, notamment sur la gestion de l'eau, de l'assainissement et des transports.

Les enjeux : désert médical, Biosyl, centre-ville et relation avec l'agglo

Quatre grands thèmes dominent cette campagne.

Le désert médical d'abord : la Creuse est l'un des territoires les plus touchés de France, et les projections de départs à la retraite de médecins généralistes d'ici la fin de la décennie aggravent encore la situation. Chaque liste propose sa réponse, maisons de santé pluriprofessionnelles, salariat de médecins, ou accueil d'étudiants en stage, sans consensus sur la méthode.

Le projet Biosyl ensuite, qui cristallise les tensions : l'implantation d'une usine de production de granulés de bois sur le territoire de l'agglomération divise profondément le camp écologiste et celui du développement économique. Delaitre et Rapinat y sont favorables ; Coulon (LFI) préfère une filière bois locale plus artisanale ; les autres candidats restent mesurés.

La revitalisation du centre-ville constitue le troisième axe fort. Si les chiffres de la mandature sortante montrent une réduction du taux de vacance commerciale (de 32 % à environ 15-18 % selon les sources), les candidats s'accordent à dire que la dynamique reste fragile, les commerces peinent à se maintenir une fois les aides épuisées et les loyers demeurent trop élevés dans un parc immobilier vétuste.

Enfin, la question du rapport entre la ville-centre et l'agglomération sera un arbitrage décisif du scrutin. Correia, qui cumulerait les fonctions de maire et de président de l'agglo s'il l'emporte, promet une réconciliation immédiate. Les autres candidats de gauche ou de centre s'y montrent aussi favorables. La sortante, elle, défend bec et ongles son positionnement d'autonomie, estimant avoir protégé les finances des Guérétois d'une intercommunalité trop gourmande.

Sept listes, le reflet d'une ville en quête de direction

Sept candidatures ont été officiellement enregistrées en préfecture avant la date butoir du 26 février : du jamais vu pour une commune de cette taille.

La favorite :

Marie-Françoise Fournier — « L'Énergie du Collectif » (Sans étiquette) Maire sortante, militante EELV mais revendiquant fièrement l'absence d'étiquette comme « une liberté absolue », Marie-Françoise Fournier brigue un second mandat à la tête d'une liste mêlant élus sortants et nouvelles têtes issues de la société civile. Fait notable : Sylvie Bourdier et Gilles Brunati, qui siégeaient dans l'opposition depuis 2020, ont rallié ses rangs. Sa position de centre inclassable lui permet de capter des voix des deux bords, même si ses adversaires y voient surtout un flou stratégique commode.

À gauche : trois listes, un seul électorat

Éric Correia — « Guéret mérite mieux » (PRG/Divers gauche) : Président de l'agglomération du Grand Guéret, Correia est le principal challenger de cette élection. Battu de justesse en 2020 — 83 voix seulement le séparaient de la victoire —, il revient avec une liste largement renouvelée à 60 %, dont François Vallès, élu en 2020 avec la liste Fournier, qui a changé de camp. Son programme central : réconcilier ville et intercommunalité, créer une structure commune pour racheter et rénover des commerces à prix abordables, et en finir avec ce qu'il appelle la « navigation à vue » de la municipalité sortante.

Didier Hoeltgen — « S'engager pour Guéret » (PS/PCF) : Ancien directeur de l'hôpital de Guéret (2004-2008), Didier Hoeltgen, 69 ans, se présente pour la première fois à une élection municipale. Sa liste est la seule officiellement labellisée « Union de la Gauche » par le ministère de l'Intérieur. Il s'était acharné à construire une liste unique de toute la gauche, sans succès. L'ancien député-maire socialiste Michel Vergnier figure en neuvième position. Parmi ses propositions : une police municipale d'au moins dix agents, le retour des bus de l'agglo le samedi, et un fort soutien au monde associatif et culturel.

François-Louis Coulon — « Guéret en campagne à gauche » (LFI) : La France insoumise, qui avait longtemps cherché une union sur le modèle du Nouveau Front Populaire, a finalement décidé de partir seule après l'échec des négociations. Coulon propose une maison de santé avec des médecins salariés, une commission de recensement des bâtiments vides de la Grande Rue, et une filière bois locale artisanale en alternative directe au projet Biosyl qui divise la campagne.

À droite : trois listes, même dispersion

Thierry Delaitre — « Avec vous, changeons Guéret » (LR/Divers droite) : Premier candidat à s'être déclaré, dès septembre 2025, Thierry Delaitre est aussi le seul élu de droite au conseil municipal depuis 2020. Membre des Républicains, il défend sécurité du quotidien, développement économique et accès aux soins. Sa numéro deux, Marion Taormina, chirurgien-dentiste et cheffe de service odontologie à l'hôpital, incarne sa priorité médicale. Il est l'un des rares candidats à soutenir publiquement le projet d'usine Biosyl, qu'il considère comme un marqueur économique fort.

Philippe Micard — « Réveillons Guéret » (Divers droite) : Chef d'entreprise à la retraite de 66 ans, Philippe Micard se présente avec un profil davantage économique que partisan. Il mise principalement sur la réforme du stationnement — zones bleues gratuites pour les arrêts courts — pour redonner de l'attractivité commerciale à un centre-ville qu'il juge, contrairement à certains, « pas encore mort ».

À l'extrême droite

Éric Rapinat — « Unis pour Guéret, liste de rassemblement des droites » (Extrême droite) : Liste née dans l'orbite du Rassemblement national : initialement lancée par Yvan Guillemet, adhérent RN, qui a renoncé à la tête de liste pour Rapinat, entrepreneur dans l'immobilier de 57 ans et novice en politique. Programme typique du RN : sécurité et tranquillité publique, maîtrise des finances, valorisation du patrimoine. Il est le seul candidat à promettre une baisse de la taxe foncière (jugé irréalisable par beaucoup).

Les enjeux : désert médical, Biosyl, centre-ville et relation avec l'agglo

Quatre grands thèmes dominent cette campagne.

Le désert médical d'abord : la Creuse est l'un des territoires les plus touchés de France, et les projections de départs à la retraite de médecins généralistes d'ici la fin de la décennie aggravent encore la situation. Chaque liste propose sa réponse — maisons de santé pluriprofessionnelles, salariat de médecins, accueil d'étudiants en stage — sans consensus sur la méthode.

Le projet Biosyl ensuite, qui cristallise les tensions : l'implantation d'une usine de production de granulés de bois sur le territoire de l'agglomération divise profondément le camp écologiste et celui du développement économique. Delaitre et Rapinat y sont favorables ; Coulon (LFI) préfère une filière bois locale plus artisanale ; les autres candidats restent mesurés.

La revitalisation du centre-ville constitue le troisième axe fort. Si les chiffres de la mandature sortante montrent une réduction du taux de vacance commerciale (de 32 % à environ 15-18 % selon les sources), les candidats s'accordent à dire que la dynamique reste fragile, les commerces peinent à se maintenir une fois les aides épuisées et les loyers demeurent trop élevés dans un parc immobilier vétuste.

Enfin, la question du rapport entre la ville-centre et l'agglomération sera un arbitrage décisif du scrutin. Correia, qui cumulerait les fonctions de maire et de président de l'agglo s'il l'emporte, promet une réconciliation immédiate. Les autres candidats de gauche ou de centre s'y montrent aussi favorables. La sortante, elle, défend bec et ongles son positionnement d'autonomie, estimant avoir protégé les finances des Guérétois d'une intercommunalité trop gourmande.

Le 15 mars, Guéret choisira sa vision pour 2030

Avec sept listes, le premier tour risque fort de ne pas être décisif. Les listes dépassant 10 % des suffrages exprimés pourront se maintenir ou fusionner au second tour du 22 mars. Dans un scrutin aussi fragmenté, trois listes à droite, deux à gauche, une LFI, une sans étiquette, tous les scénarios de report, de fusion ou d'élimination surprise restent ouverts.

Ce qui est certain, c'est que Guéret, ville en déclin démographique depuis une décennie (-6,4 % de population entre 2015 et 2026), a besoin d'une municipalité capable de porter des projets à l'échelle régionale, d'attirer médecins et actifs, et de réconcilier une ville et son agglomération qui se sont tournés le dos pendant six ans. Le 15 mars, les Guérétois ne choisiront pas seulement un maire. Ils trancheront sur le modèle de gouvernance de leur territoire pour les six années à venir.


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