LGBTIphobies en France : 1771 cas recensés en 2025, un bilan qui appelle à l’action institutionnelle
SOS homophobie publie la 30e édition de son Rapport sur les LGBTIphobies : 1 771 cas recensés en France en 2025, des politiques publiques insuffisantes, et une Nouvelle-Aquitaine partagée entre l'élan des Fiertés rurales de Chenevelles et la défaillance documentée du lycée de Pau.
L’association SOS homophobie publie cette année la trentième édition de son Rapport annuel sur les LGBTIphobies. Fondé sur 1541 témoignages recueillis entre le 1er janvier et le 31 décembre 2025, ce document recense 1771 cas de LGBTIphobie en France, un chiffre en hausse par rapport à 2024. Si cette progression peut en partie refléter une libération progressive de la parole des victimes, elle témoigne surtout de la persistance et l’aggravation, d’un phénomène que les politiques publiques n’ont pas encore su enrayer.
Un phénomène qui ne connaît pas de frontières sociales
Le rapport établit que les LGBTIphobies traversent l’ensemble des espaces de vie : les lieux publics ( 13% des cas ), la haine en ligne ( 11% ) et la famille ou l’entourage proche ( 10% ) constituent les trois contextes les plus fréquents. Mais le monde du travail, le système de santé, les institutions religieuses et de façon particulièrement préoccupante le milieu scolaire, sont également touchés.
Les formes de violence recensées sont multiples : rejet et ignorance ( 42% ), insultes (36%), harcèlement ( 17%), mais aussi agressions physiques, menaces, discriminations à l’emploi ou dans l’accès aux soins. Ces chiffres ne doivent pas masquer la réalité des violences dites “ordinaires” : moqueries entre collègues, blagues en famille, déni d’identité, qui, bien qu’invisibles, laissent des séquelles durables : 74% des manifestations de mal-être recensées sont liées à des LGBTIphobies passées.
L’espace public et le numérique, nouveaux terrains de violence
Les agressions physiques restent une réalité prégnante : 43% d’entre elles se produisent dans des lieux publics. Les hommes gays et bis sont particulièrement exposés aux guet-apens homophobes, un phénomène facilité par les applications de rencontres. En 2025, SOS homophobie a recensé 4% de cas relevant de ce type de piège.
Face à ce constat, une première réponse concrète a été apporté en mars 2026 : les plateformes Grindr, Tinder, Bumble et Happn ont signé une charte d’engagement pour la prévention des violences envers les personnes LGBTQIA+, en lien avec la Dilcrah et des associations spécialisées. Si cette initiative est saluée, elle ne saurait suffire. La mise en place d’outils de suivi pérennes et d’un bilan annuel contraignant conditionneront son efficacité réelle.
Par ailleurs, la montée de la haine en ligne, alimentée par le relâchement de la modération sur les grandes plateformes, constitue un défi croissant pour les pouvoirs publics. SOS homophobie a ainsi choisi de quitter le réseau X début 2025, estimant que les conditions d’un échange sûr n’y étaient plus réunies.
Le milieu scolaire : une priorité insuffisamment traitée
Le rapport consacre un chapitre enetier aux LGBTIphobies en milieu scolaire et les données sont éloquentes : 36% des signalements liés à ce contexte correspondent à du harcèlement et plus de la moitié des victimes sont mineures. Les actes sont majoritairement commis par des élèves (56%) mais également par des membres du personnel encadrant, enseignant.es (19%) et direction (27%).
Ces chiffres interviennent dans un contexte particulièrement douloureux : la mort le 1er septembre 2025, de Caroline Grandjean-Paccourd, une enseignante, victime d'un harcèlement lesbophobe de plus de deux ans, a mis en lumières les défaillances de l'institution scolaire dans la protections de ses personnels LGBTI.
Des dispositf existent : lignes directices ministérielles sur l'identité de genre, programme d'éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS) mais leur application demeure insuffisante et inégale sur le territoire. SOS homophobie appelle à un renforcement des moyens alloués à leur mise en oeuvre, à la formation des personnels d'encadrement et à la création d'outils de suivi effectif.
En Nouvelle-Aquitaine ; entre résistance rurale et défaillances institutionnelles
La région n'est pas absente du rapport et les deux situations qui y sont mentionnées illustrent à elles seules les deux visages de LGBTIphobies en France. D'un côté, une initiative militante exemplaire : les Fiertés rurales, nées en 2022 à Chenevelles (Vienne) à l'initiative de Cyril Cibert, maire de la commune et d'Etienne Deshoulières. Leur quatrième édition, en juillet 2025, a rassemblé plus de 3000 personnes, affirmant que les territoires ruraux peuvent être des espaces de fierté et de solidarité et non des zones d'invisibilité pour les personnes LGBTIQIA+.
De leur côté, un cas de défaillance institutionnelle documentée : le lycée privé sous contrat de l'Immaculée-Conception à Pau, où l'évêque Mgr Aillet a tenu en 2024 une conférence obligatoire pour les élèves comprenant des propos transphobes et homophobes. Un rapport d'inspection aux conclusions graves, révélé par Mediapart, est resté secret sous plusieurs gouvernements successifs. Ce cas illustre concrètement les angles morts de l'enseignement privé sous contrat, que le rapport national pointe comme un chantier urgent.
Des politiques publiques en deçà des enjeux
Le rapport souligne un écart préoccupant entre les ambitions affichées et les réalisations concrètes : seules 21% des mesures du Plan LGBT+ 2023-2026 ont à ce jour été déployées. Cette mise en œuvre repose en grande partie sur les associations LGBTI elles-mêmes, sans que les financements nécessaires leur soient accordés.
A moins d’un an des élections présidentielles de 2027, cette trentième édition du Rapport sur les LGBTIphobies constitue un signal d’alerte que les décideurs publics ne peuvent ignorer. Les outils juridiques existent; c’est leur application, leur financement et leur évaluation qui font défaut.
Mots-clés :
Par Justine Chanteau
Auteur
Passée par le Dauphiné Libéré à Grenoble et JunkPage à Bordeaux, je suis journaliste stagiaire chez AQUI.Media pour couvrir les actualités culturelles et politiques.
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