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Edilians décarbone sa tuilerie landaise, avec l'aide de la Région

Edilians a inauguré en mai 2026 un four nouvelle génération à Saint-Geours-d'Auribat. Résultat : 11 % de gaz en moins, 1 000 tonnes de CO2 évitées par an. La Région Nouvelle-Aquitaine a cofinancé l'opération à hauteur d'un million d'euros.

Par Jacques FROISSANT
Publié il y a 1 juin
4 min de lecture
Edilians décarbone sa tuilerie landaise, avec l'aide de la Région
Edilians décarbone sa tuilerie de Saint-Geours-d'Auribat @Edilians

Le leader français de la tuile en terre cuite vient d'inaugurer un four nouvelle génération à Saint-Geours-d'Auribat, dans les Landes. Sept millions d'euros d'investissement. Un million apporté par la Région Nouvelle-Aquitaine. Résultat après trois mois : 11 % de gaz en moins. Derrière la sobriété des chiffres, une histoire industrielle plus complexe, celle d'un secteur qui se décarbone en pleine traversée du désert.

Poudenx, Edilians : 140 ans de cuisson landaise

À Saint-Geours-d'Auribat, commune de 410 âmes coincée entre Dax et Mont-de-Marsan, la tuilerie existe depuis plus de 140 ans. Elle s'appelait Poudenx au tournant du XXe siècle, le nom reste attaché à l'appellation de terroir locale. Aujourd'hui propriété du lyonnais Edilians Group depuis 2018, le site produit plus de 10 000 m² de tuiles terre cuite par jour, emploie 88 personnes en direct et génère plus de 150 emplois indirects. Certifié ISO 9001, ISO 14001 et ISO 50001, il est l'une des 14 usines françaises du groupe.

Le 19 mai dernier, Edilians a présenté le résultat d'une modernisation de four entamée fin 2025 et opérationnelle depuis fin février 2026. L'occasion pour le PDG Maxime Coutouly de rappeler la feuille de route : « Si on veut être là dans cent ans, notre enjeu principal, c'est de sortir des énergies fossiles. »

Edilians Saint-Geours-d'Auribat : un four repensé de l'intérieur

La technologie déployée s'appelle FTO pour Four Tunnel Optimisé. Elle est le fruit de quinze ans de R&D chez Ceritherm, fabricant de fours industriels basé en Haute-Vienne, que le groupe a racheté en 2023 précisément pour accélérer sa décarbonation. L'idée centrale : réduire les "masses mortes", tout ce qui entre dans le four sans être une tuile, et repenser entièrement la circulation de l'air pour valoriser les fumées chaudes et récupérer la chaleur résiduelle.

Trois mois de travaux ont suffi pour remplacer les wagons industriels par des modèles à garnissage isolant haute performance et moderniser les dispositifs de récupération de chaleur. L'adaptation du FTO à cette configuration spécifique valide, selon l'entreprise, la capacité à le dupliquer quelle que soit l'architecture du four.

Le bilan après trois mois d'exploitation : une réduction de 11 % de la consommation de gaz, soit environ 1 000 tonnes de CO2 évitées chaque année. À Saint-Germer-de-Fly (Oise), le même type d'intervention avait atteint 33 %, mais sur un four différent, et après un cycle plus long. L'industriel se veut prudent sur les comparaisons.

La Région au capital de la décarbonation

L'investissement total s'élève à 7 millions d'euros, adossé à trois brevets déposés par Ceritherm. La Région Nouvelle-Aquitaine y a contribué à hauteur d'un million d'euros. Le dispositif des Certificats d'Économies d'Énergie (CEE) devrait ajouter environ 400 000 euros supplémentaires.

Cette implication régionale mérite d'être soulignée : elle s'inscrit dans une logique de soutien à l'industrie locale engagée dans la transition énergétique, dans un département, les Landes, qui ne dispose pas de tissu industriel pléthorique. La tuilerie de Saint-Geours, avec ses 140 ans d'histoire, est précisément le type d'actif que les stratégies de réindustrialisation cherchent à préserver et moderniser plutôt qu'à remplacer.

Une décarbonation lancée dans le creux de la vague du marché

Investir 100 millions d'euros sur dix ans, c'est la trajectoire globale d'Edilians depuis 2021, alors que le marché s'effondre, c'est un exercice à la fois d'équilibriste et d'engagement fort. Le PDG Coutouly ne cache pas le contexte : en 2024, le groupe a vendu environ 670 000 tonnes de tuiles, soit le niveau de ventes de 1973. À titre de comparaison, en 2000-2001, il en écoulait 1,3 million de tonnes. La moitié du volume en vingt-cinq ans.

La crise de la construction neuve, structurelle depuis 2020, s'est doublée d'un choc conjoncturel inattendu : l'embrasement du Moyen-Orient a entraîné une hausse des coûts énergétiques qui a contraint le groupe à relever ses prix de 5 % en 2026. « Nous n'avions pas prévu la guerre en Iran », reconnait le dirigeant.

C'est dans ce contexte que la décarbonation prend une dimension doublement stratégique : réduire la consommation de gaz, c'est aussi desserrer l'étau des coûts de production dans un marché où les marges se compriment. L'argument environnemental et l'argument économique finissent par converger.

Vers les 30 % de réduction de CO2 en 2030 : la route est encore longue

L'objectif affiché par Edilians Group est de diminuer de 30 % ses émissions directes de CO2 d'ici 2030 sur l'ensemble de ses sites. Le défi est considérable : aujourd'hui, 90 % des émissions du groupe proviennent des opérations de séchage et de cuisson de l'argile. Les quatre piliers du plan, optimisation des procédés existants, modernisation de l'outil industriel, innovation technologique via Ceritherm, et recherche de nouvelles énergies décarbonées (électricité, biométhane, biomasse, hydrogène), dessinent une trajectoire sur dix ans où chaque site doit trouver sa propre configuration.

Saint-Geours-d'Auribat est la deuxième réalisation majeure après l'Oise. Il reste à Edilians douze sites français à traiter.

JA

Par Jacques FROISSANT

Directeur de la publication

Bordelais, œnologue, tout allait bien… jusqu’à ce que je dérape dans l’entrepreneuriat RH pour les startups. 😉 Auteur et chroniqueur (L’Express, FrenchWeb, France 3 NOA...), je suis aujourd’hui cofondateur et rédacteur en chef d’AQUI.Media

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