Investissements étrangers : pourquoi la Nouvelle-Aquitaine n’attire plus d’usines
120 projets étrangers en 2025 en Nouvelle-Aquitaine. Mais seulement 17,8 emplois par site. Derrière le record affiché, une réalité : les usines ne viennent plus.

La Nouvelle-Aquitaine affiche un record de 120 projets d'investissements étrangers en 2025. Mais derrière ce chiffre, une réalité brutale : le nombre d'emplois par projet s'effondre. La région attire des cerveaux et des logos, mais les grandes unités de production, elles, boudent nos territoires au profit d'un saupoudrage tertiaire.
L’indicateur est flatteur, presque insolent. Avec 120 décisions d'investissement étranger bouclées en 2025 (contre 93 l'année précédente), la Nouvelle-Aquitaine semble être l’aimant de l’arc atlantique. Pourtant, à l’heure du bilan, le champagne a un goût amer. Ces 120 projets ne pèsent que 2 140 emplois. Faites le calcul : on tombe à une moyenne de 17,8 emplois par site. C’est le paradoxe d’une attractivité qui gonfle en volume mais s’atrophie en substance. La "réindustrialisation" tant vantée par les sommets Choose France semble s’arrêter aux portes de nos zones d’activités, remplacée par une économie de comptoirs et de micro-bureaux.
Le mirage du "petit est beau"
Pourquoi cette panne de gigantisme ? Le baromètre EY 2025 soulignait déjà un "effet ciseau" : la France multiplie les projets mais perd en densité sociale. En Nouvelle-Aquitaine, l’industrie, bien que toujours présente dans 40 % des dossiers, change de visage. On n'implante plus de lignes de montage de 500 ouvriers, on ouvre des centres de R&D de 15 ingénieurs ou des antennes logistiques automatisées.
L’Allemagne et les États-Unis, nos deux premiers investisseurs, ne viennent plus chercher chez nous de la force de frappe productive, mais de la compétence technologique ou des parts de marché locales. Le risque ? Devenir une région "laboratoire" : on y conçoit, on y teste, mais on produit ailleurs. Cette mutation fragilise notre base ouvrière et transforme le tissu industriel régional en une constellation de petites unités dépendantes de centres de décision situés à Munich ou Chicago.
La logistique et le commerce au secours des chiffres
Si le nombre de projets explose, c’est aussi grâce à un tour de passe-passe méthodologique de Business France. Désormais, chaque ouverture de point de vente international ou chaque extension d'entrepôt est comptabilisée comme un "investissement étranger". En diffusant ces investissements dans les communes rurales, on donne l'illusion d'un aménagement du territoire réussi.
En réalité, ouvrir une enseigne de prêt-à-porter à Limoges ou un centre de tri au Pays basque ne structure pas l’économie régionale. Cela crée des emplois souvent précaires et consomme un foncier devenu rare, sans pour autant fixer de la valeur durable. Le contraste est saisissant avec les besoins criants des filières souveraines comme l’électronique ou la pharmacie, où les investissements massifs se font attendre.
Sortir de la dépendance par le haut
La Nouvelle-Aquitaine ne peut se satisfaire d'être une simple terre d'accueil pour capitaux nomades. La hausse de 17 % des emplois annoncés en 2025 est une bouffée d'oxygène, certes, mais elle est volatile. Sans une stratégie régionale agressive pour ancrer ces capitaux — par exemple en conditionnant les aides à la pérennité des brevets sur le sol néo-aquitain — nous resterons à la merci des cycles boursiers mondiaux.
L'enjeu n'est plus de remplir des tableaux Excel avec des logos étrangers. Il est de transformer cette attractivité de "bureau" en une véritable puissance de feu industrielle. Pour l'instant, la Nouvelle-Aquitaine gagne le match de l'image, mais elle est en train de perdre celui de l'usine.
Sources :
- Business France, Bilan des investissements internationaux 2025 en France, 29/01/2026.
- ADI Nouvelle-Aquitaine, Rapport annuel sur l'attractivité territoriale, janvier 2026.
- EY, Baromètre de l'attractivité du site France 2025, mai 2025.
Mots-clés :
Par Jacques FROISSANT
Directeur de la publication
Bordelais, œnologue, tout allait bien… jusqu’à ce que je dérape dans l’entrepreneuriat RH pour les startups. 😉 Auteur et chroniqueur (L’Express, FrenchWeb, France 3 NOA...), je suis aujourd’hui cofondateur et rédacteur en chef d’AQUI.Media
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