Gironde : les 91 M€ d’économies vont laisser des traces dans les services publics
Le Département de la Gironde doit économiser 91 M€ en trois ans. Une cure d’austérité qui va impacter routes, collèges, services sociaux et le quotidien des habitants.
Le Département doit économiser 91 millions d’euros en trois ans. Un plan présenté comme un “nouveau départ”, mais qui ressemble surtout à une cure d’austérité assumée. Gel des remplacements, investissements reportés, dépenses sociales en hausse de 7 à 10 % par an et DMTO en chute libre. Les conséquences seront très concrètes pour les Girondins.
Pourquoi la Gironde doit économiser 91 M€ en trois ans
Lors de la présentation de la trajectoire financière, Jean-Luc Gleyze, Président du Département de la Gironde, n’a pas cherché à enjoliver la situation : « Oui, c’est un déficit historique, cela fait longtemps qu’on alerte. »
Le Département parle donc d’effort collectif. Sur le papier, l’expression rassure. Mais derrière ce plan de retour à l’équilibre, c’est bien une cure d’austérité qui s’installe en Gironde. Gel des remplacements, investissements revus à la baisse, projets repoussés après 2027, services sommés de tenir avec des équipes réduites. La mécanique est désormais lancée.
La raison n’a rien d’un mystère. AQUI avait documenté cet automne comment la “drogue dure” des DMTO avait mené la Gironde vers un déficit abyssal de 97,7 millions d’euros. La manne pour le département des DMTO (Droits de mutation immobiliers) s'est effondrée, entre –35 et –40 % selon les projections finales. Dans le même temps, les dépenses sociales continuent d’exploser, tirées par un RSA en hausse de 7 à 10 % par an et une aide à l’enfance qui suit la même trajectoire. La pression n’est plus conjoncturelle, elle est structurelle. La Gironde porte seule des politiques nationales coûteuses, sans recettes dynamiques en face. Le “plan d’équilibre” n’a rien d’un choix stratégique. C’est une course pour éviter l’asphyxie.
Les 91 M€ d’économies, ce que cela signifie vraiment
La Chambre régionale des comptes surveille étroitement la trajectoire girondine, et exige des corrections rapides et profondes pour les 3 années qui viennent.
Le Département prend plusieurs mesures d'économies et gèle la quasi-totalité des remplacements, hors postes indispensables. Les agents savent ce que cela veut dire. Des équipes qui se réduisent. Des délais qui s’allongent. Des services déjà saturés qui devront absorber plus de demandes.
Autre levier, la baisse des investissements. Les routes, les collèges, la transition écologique et numérique verront leurs budgets réduits ou décalés dans le temps. Certains projets disparaîtront des priorités. La Chambre régionale des comptes ne laisse guère de marges. Elle exige une trajectoire stricte et rapide pour contenir un déficit qui a déjà dépassé les 97 millions d’euros l’an dernier.
Ce n’est pas une mauvaise passe. C’est l’addition d’un modèle qui ne tient plus. Et qui pèsera directement sur les habitants.
Pour les habitants, les effets seront immédiats
On peut présenter ce plan comme une rationalisation. Les Girondins, eux, verront la différence. Voiries non rénovées. Entretien des collèges repoussé. Structures médico-sociales de plus en plus “à flux tendu”. Délais d’accompagnement RSA, ASE ou handicap rallongés.
Dans les services, l’ambiance est morose. Jean-Luc Gleyze ne s'en cache pas : « Derrière ces données budgétaires il y a des décisions qui touchent directement à la vie quotidienne des personnes, au fonctionnement des associations et au tissu économique via la commande publique. »
Les syndicats parlent d’un risque de casse sociale. Beaucoup voient un retour aux crises de 2020 ou 2022… en plus dur encore. La grève prévue demain 2 décembre contre le PLF 2026 en est un avant gout.
Un modèle départemental qui craque
La Gironde n’est pas seule dans cette situation, mais elle est l’un des départements les plus exposés. Sa croissance démographique (+1,2 % par an) entraîne mécaniquement des dépenses sociales supplémentaires. Or les recettes ne suivent pas. L’État, lui, n’a pas compensé les charges transférées.
Depuis deux ans, Jean-Luc Gleyze demande la recentralisation du RSA. Le gouvernement n’a pas donné suite. Le “plan d’économies” présenté aujourd’hui ne fait que révéler l’impasse : la Gironde porte seule une partie des politiques nationales. Et cela ne tient plus.
La Gironde face à une rigueur budgétaire durable
La Gironde entre dans trois années de tension continue. Les services devront tenir malgré les postes gelés. Le marché immobilier dira si les DMTO remonteront. L’État devra décider s’il laisse les Départements continuer à absorber seul les dépenses sociales. Les élus locaux, eux, savent déjà que le plus dur commence.
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Par Jacques FROISSANT
Directeur de la publication
Bordelais, œnologue, tout allait bien… jusqu’à ce que je dérape dans l’entrepreneuriat RH pour les startups. 😉 Auteur et chroniqueur (L’Express, FrenchWeb, France 3 NOA...), je suis aujourd’hui cofondateur et rédacteur en chef d’AQUI.Media
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