French Tech Nouvelle-Aquitaine : fin de l’illusion
French Tech en Nouvelle-Aquitaine : 124 M€ levés… mais la vitrine cache un écosystème fragile, dépendant de quelques têtes d’affiche.

French Tech Bordeaux vient de l'annoncer : les startups de la French Tech en Nouvelle-Aquitaine ont levé un total de 124,75 millions d’euros, au premier semestre 2025. Aqui.Media se plonge dans les chiffres mais reste la question de fond : les levées sont-elles véritablement le bon indicateur pour refléter la santé d’un écosystème tech ?
French Tech Nouvelle-Aquitaine : Des chiffres qui brillent, mais une dynamique qui s’essouffle
Le chiffre a de quoi flatter l’ego d’un territoire qui aime s’autoproclamer place forte de l’innovation hors Paris. Sauf que derrière l’annonce, la réalité est moins éclatante. Déjà loin des chiffres de 2024, le premier trimestre avait démarré avec près de 80 millions collectés en dix opérations. Mais au deuxième trimestre, la chute est lourde et la courbe s’effondre : seulement 45 millions investis dans la tech et six deals. Moitié moins d’argent, moitié moins de dossiers. L’emballement, déjà retombé fin 2024 s’arrête net à l’image des chiffres du Baromètre EY/France Digitale 2025.

Les locomotives sauvent la mise
Sans TreeFrog Therapeutics, EnerVivo ou Germitec, le bilan serait famélique. Ces trois sociétés raflent à elles seules plus de 90 millions. Thérapie cellulaire, agrivoltaïsme, désinfection médicale : trois secteurs lourds, à forte intensité capitalistique, qui exigent des tickets massifs. Ici, 30 millions ne sont pas un bonus, mais une condition d’existence. Essais cliniques, agréments réglementaires, conquête des marchés étrangers… Les coûts se chiffrent en dizaines de millions. L’argent va aux projets capables de passer les frontières pour aller chercher la croissance ailleurs. C’est d’autant plus vrai dans les périodes difficiles. L'histoire du venture (capital risque) nous le rappelle régulièrement.
La concentration des financements inquiète
On nous vante la diversité des secteurs : biotech, medtech, fintech, green tech. Mais la vérité, c’est que les financements se concentrent. Quelques gros dossiers rassurent les investisseurs, pendant que les startups intermédiaires végètent ou disparaissent dans l'indifférence générale… “Chasser ce dépôt de bilan que je ne saurais voir”. Ces dernières lèvent un ou deux millions, parfois quatre, pour tenir à peine leur roadmap commerciale. Invisibles dans le récit officiel, ce sont pourtant elles qui embauchent au quotidien et font tourner la machine. La French Tech Bordeaux ne se construit pas seulement sur trois têtes d’affiche.
Ralentissement ou trou d’air ?
La question est là : simple accident conjoncturel ou tendance de fond ? Les prochains mois diront si la Frenchtech Nouvelle-Aquitaine reste une locomotive ou si elle s’installe dans le rang des régions en régression. Ce qui est sûr, c’est que les investisseurs deviennent plus frileux. Les dossiers jugés borderline sont recalés, l’argent file vers des secteurs considérés comme “sûrs”. Le climat mondial n’aide pas : la contraction du capital-risque touche l’Europe entière.
Derrière les millions, quelle irrigation locale ?
On retiendra le chiffre rond : 124,75 millions. Mais la vraie question n’est pas là. Est-ce que ces millions irriguent vraiment l’écosystème régional, ou se concentrent-ils sur quelques success stories déjà visibles ? Car un tissu économique se construit par capillarité, pas par coups d’éclat. Les petites et moyennes startups, celles qui ne font pas la une, risquent d’être sacrifiées si les financements continuent de se raréfier. La réduction drastique des subventions régionales fait déjà de nombreux dégâts.
Le risque de l’illusion comptable
La French Tech Bordeaux aime les bilans chiffrés, les classements, les records. Mais derrière l’illusion comptable, il y a une réalité plus crue : la vulnérabilité. Fragilité des tours de table, fragilité des projets hors santé ou énergie, fragilité d’un écosystème qui vit surtout par ses champions et peine à nourrir sa base. La Nouvelle-Aquitaine reste attractive, oui. Mais elle ne pourra pas bâtir son avenir sur quelques levées spectaculaires. Le vrai défi est d’empêcher que l’écosystème ne devienne une vitrine creuse.
A lire aussi : French Tech : la Nouvelle-Aquitaine embauche, Paris déraille
Mots-clés :
Par La Rédaction
Auteur
La rédaction d’AQUI.Media prolonge l’esprit libre et régional d’Aqui.fr, média fondé en 2006. Indépendante et ancrée en Nouvelle-Aquitaine, elle explore l’économie, la société et l’innovation, avec un ton engagé, impertinent et sans filtre.
Articles similaires

Corréze : Bois et Dérivés reprend le charentais EREM
Le groupe corrézien Bois et Dérivés rachète EREM, PME charentaise spécialisée dans l’emballage bois....

« Cassandre finit toujours par avoir raison »
Nous croyons que la cyberattaque frappe toujours les autres. Julien Lopizzo brise cette illusion. À ...
Orelsan : comment le rappeur est devenu un modèle du business français
Derrière l’artiste provocateur, Orelsan a construit un écosystème économique rare en France, désorma...

Terres rares à Lacq : vitrine de la souveraineté européenne… sous capitaux américains ?
Terres rares à Lacq : l’usine est en France, l’enjeu est européen… mais l’actionnaire est américain....
Défaillances d’entreprises : près de 70 000 en 2025, un choc national qui frappe aussi la Nouvelle-Aquitaine
Près de 70 000 entreprises ont fait défaut en France en 2025. Un record historique qui marque la fin...

Biotech : La pépite girondine BioAZ lève 1 million USD pour le bien-être animal
La biotech girondine BioAZ franchit une étape historique avec une levée de 1 million USD. La startup...