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Économie

Flying Whales : 105 millions d'euros dans les voiles, deux recours dans le collimateur

Flying Whales s'apprête à lever au moins 105 millions d'euros selon La Tribune Bordeaux. Mais deux recours de la Sepanso restent pendants au tribunal administratif de Bordeaux.

Par Jacques FROISSANT
Publié il y a 1 avr.
6 min de lecture
Flying Whales : 105 millions d'euros dans les voiles, deux recours dans le collimateur
Flying Whales : deux recours dans le collimateur

Selon La Tribune Bordeaux, Flying Whales s'apprête à annoncer d'ici fin mai une levée d'au moins 105 millions d'euros, avec cinq nouveaux investisseurs français au capital. Les pelleteuses sont attendues à Laruscade en septembre 2026. Mais deux recours au fond de la Sepanso dorment toujours au tribunal administratif de Bordeaux. Le projet avance. La bataille juridique, elle, n'est pas terminée.

L'argent, enfin...mais lequel exactement ?

Depuis bientôt deux ans, Flying Whales cherchait à boucler une quatrième augmentation de capital de 150 millions d'euros pour financer le programme jusqu'à fin 2028. La Tribune Bordeaux révèle ce 1er avril qu'une première tranche d'au moins 105 millions d'euros est sécurisée, avec la participation des actionnaires historiques (Région Nouvelle-Aquitaine, gouvernement du Québec, Principauté de Monaco, Air Liquide, Aéroports de Paris, Bouygues, Sogecap, French Tech Souveraineté, holding Temaris) et de cinq nouveaux entrants français dont les noms restent à dévoiler. L'annonce officielle est attendue avant fin mai.

Un point mérite cependant d'être souligné. Ce chiffre de 105 millions d'euros correspond par ailleurs au montant de la garantie d'État documentée pour le financement de l'usine de Laruscade. Cette garantie publique ne joue qu'en cas d'échec du projet, et qui n'est pas une levée de fonds en fonds propres. Deux opérations distinctes, ou un même chiffre habillé différemment ? Flying Whales n'ayant pas souhaité réagir, la question reste ouverte. Elle mérite d'être posée avant que l'annonce officielle ne la noie sous les communiqués.

Ce tour de table porterait le total levé depuis 2012 à plus de 300 millions d'euros, dont 80 millions d'argent public. Premier vol désormais espéré en 2028. Mise en service commerciale envisagée pour 2029.

Dans notre article du 17 février, AQUI.media avait posé la question économique fondamentale : un marché du fret lourd représentant moins de 1 % du volume aérien mondial, aucune commande ferme à ce jour, des protocoles d'accord qui ne sont pas des chèques, et le spectre du CargoLifter allemand, 300 millions engloutis, faillite en 2002, hangar reconverti en parc aquatique. Ces questions restent entières. La levée de 105 millions ne les efface pas : elle achète du temps.

Laruscade : autorisé, mais il reste des recours

L'autorisation environnementale pour le site de Laruscade a été obtenue en décembre 2025, après deux avis défavorables de l'Autorité environnementale et un du Conseil national de protection de la nature. Début mars, le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté le référé-suspension de la Sepanso Gironde, qui tentait de bloquer le défrichement en urgence. Flying Whales a célébré. Un peu vite, peut-être.

La Sepanso a également déposé deux requêtes au fond : l'une contre l'autorisation environnementale, l'autre contre la déclaration d'utilité publique. Ces recours sont toujours en instance. Concrètement : les pelleteuses peuvent entrer en septembre, mais un jugement défavorable en cours de chantier reste une hypothèse juridiquement réelle. L'association ne plaide pas sur des arguments militants mais sur des avis scientifiques institutionnels, deux avis négatifs de l'Autorité environnementale et un du CNPN, dont elle conteste que l'État ait pu s'exonérer.

77 espèces protégées et 10 tonnes de kérosène par vol

Les chiffres de l'opposition sont connus mais méritent d'être rappelés : destruction des habitats de 77 espèces protégées dont le vison d'Europe en danger critique d'extinction à l'échelle mondiale, défrichement de 185 hectares de forêt, endommagement de 39 hectares de zones humides à proximité de deux zones Natura 2000.

Le vice-président de la Sepanso Patrick Maupin ajoute un argument qui fait mouche : Les deux zones de compensation avancées par Flying Whales ont déjà été utilisées pour compenser l'impact de la LGV Bordeaux-Tours. Compenser deux fois avec le même hectare, c'est de la comptabilité verte créative.

Quant au discours "transport décarboné" : les dirigeables brûleront 10 tonnes de kérosène par vol, selon les opposants. Le CESER régional avait estimé le niveau de maturité technologique entre TRL 4 et 6, loin d'un appareil prêt pour la certification EASA, sans laquelle aucun opérateur commercial ne signera de contrat ferme.

45 millions de raisons pour la Région de ne pas lâcher

La Région Nouvelle-Aquitaine joue gros. Actionnaire à 23,67 % de la holding, elle a engagé plus de 30 millions d'euros d'aides directes et accordé une garantie de 45 millions pour le financement de l'usine. Le rapport de l'enquête publique de juillet 2025 le formulait sans précaution : viabilité économique incertaine, débouchés commerciaux hypothétiques, risque financier élevé pour les garants publics. Si le projet s'arrête, pour raisons techniques, commerciales ou judiciaires, c'est cette garantie qui saute en premier.

La même Région Nouvelle-Aquitaine qui soutient Flying Whales à bout de bras a pourtant laissé partir Hynaero, le bombardier d'eau né à Bordeaux, incubé à Mérignac, vers Istres et la région PACA, faute d'avoir ratifié à temps une convention France 2030 à 15 millions d'euros. Hynaero vient de lever 117 millions, avec des commandes réelles et un calendrier industriel crédible.

"Ce précédent douloureux explique sans doute en partie la détermination de la Région à ne pas lâcher Flying Whales : perdre deux projets aéronautiques d'ampleur en moins de deux ans serait politiquement inacceptable." nous explique un proche du dossier.

L'annonce officielle de la levée de fonds sera le signal le plus concret depuis des années. Cinq investisseurs privés français qui entrent au capital, ce sera une validation par le marché que les soutiens publics seuls ne peuvent pas offrir, si tant est que les 105 millions correspondent bien à des fonds propres et non à la garantie d'État déjà documentée. Cette précision, Flying Whales devra l'apporter dans son communiqué de fin mai. Les contribuables néo-aquitains, eux, ont le droit de savoir ce qu'on appelle exactement une "levée de fonds".

La forêt, elle, attend de voir.


Sources

  • La Tribune Bordeaux, "Flying Whales sécurise plus de 105 millions d'euros et cinq nouveaux investisseurs pour ses dirigeables XXL", 1er avril 2026.
  • AQUI.media, "Flying Whales : la baleine de Laruscade est-elle un mirage industriel ?", 17 février 2026.
  • AQUI.media, "Hynaero lève 117 M€ : le Canadair européen prend son envol… depuis Istres", 24 mars 2026.
  • Tribunal administratif de Bordeaux, rejet du référé-suspension Sepanso Gironde, 2 mars 2026.
  • Rapport de l'enquête publique, implantation Flying Whales à Laruscade, juillet 2025.
  • Autorisation environnementale préfectorale, Gironde et Charente-Maritime, 10 décembre 2025.
  • CESER Nouvelle-Aquitaine, rapport sur le projet Flying Whales, juin 2024.
  • Sepanso Gironde, recours au fond déposés contre l'autorisation environnementale et la déclaration d'utilité publique, février 2026.
  • Génération NT, "Flying Whales obtient le feu vert pour son usine de dirigeables en Gironde", 14 décembre 2025.

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Par Jacques FROISSANT

Directeur de la publication

Bordelais, œnologue, tout allait bien… jusqu’à ce que je dérape dans l’entrepreneuriat RH pour les startups. 😉 Auteur et chroniqueur (L’Express, FrenchWeb, France 3 NOA...), je suis aujourd’hui cofondateur et rédacteur en chef d’AQUI.Media

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