Hynaero lève 117 M€ : le "Canadair européen" prend son envol… depuis Istres
La start-up bordelaise Hynaero vient de lever 117 millions d'euros pour son bombardier d'eau Frégate-F100. Un succès industriel majeur — et un gâchis régional pour la Nouvelle-Aquitaine, qui a laissé filer ce programme stratégique vers Istres.

La start-up, ex bordelaise, Hynaero vient de boucler une levée de fonds historique de 117 millions d'euros pour son bombardier d'eau amphibie Frégate-F100. Un succès industriel majeur et un gâchis régional, pour ceux qui se souviennent que ce projet est né en Nouvelle-Aquitaine.
Une levée de 117 millions d'euros : le cap est franchi
Annoncée le 22 mars 2026 depuis Istres, la levée de fonds d'Hynaero marque un tournant décisif pour le programme Frégate-F100. Avec 117 millions d'euros au compteur, la société peut désormais lancer les phases de Concept Design et de Preliminary Design de son avion amphibie bombardier d'eau de nouvelle génération.
Le calendrier est désormais fixé : une Preliminary Design Review (PDR) est prévue à l'automne 2028, les premiers essais en vol début 2031, et les premières livraisons clients attendues fin 2032.
Pour David Pincet, CEO et cofondateur, l'heure est à la confirmation d'une ambition longtemps portée contre vents et marées : "Notre objectif est de répondre aux besoins urgents de la lutte contre les incendies de forêt, et de positionner la France et l'Europe comme leaders dans ce domaine."
Un avion taillé pour les mégafeux
Le Frégate-F100 n'est pas une simple mise à jour du Canadair. Ses concepteurs ont revu les standards du secteur de fond en comble. Capacité d'emport portée à 10 tonnes d'eau contre 6 pour le Canadair actuel, vitesse de croisière de 460 km/h contre 300, commandes de vol électriques, systèmes de mission de dernière génération : l'appareil ambitionne, selon le communiqué officiel, "une capacité opérationnelle significativement supérieure aux standards historiques du segment", pour un prix annoncé équivalent à celui du Canadair, soit environ 75 millions d'euros l'unité.
Le bureau d'études montera à 60 ingénieurs dans les 12 prochains mois, pour atteindre 140 d'ici fin 2027. La conception s'appuiera sur un écosystème de partenaires de premier plan : Airbus, Akkodis, Altitude Aerospace, Capgemini, R&R Consulting et Zelin, auxquels s'ajoutent les accords déjà signés avec Aresia et CS Group.
Le soutien de l'État… et de la région Sud
Le programme bénéficie du label France 2030, avec une subvention cofinancée par l'État, BPIFrance et la Région Sud. Hynaero a également signé une convention d'occupation avec le Pôle Aéronautique Jean Sarrail à Istres, qui accueillera les bureaux d'études et la future chaîne d'assemblage final. Côté clients, la Sécurité civile française ainsi que deux opérateurs privés ont déjà signé des lettres d'intention.
Bordeaux a laissé partir sa pépite
Derrière ce succès industriel, il y a une histoire moins reluisante pour la Nouvelle-Aquitaine. Car Hynaero est née à Bordeaux, incubée par Bordeaux Technowest à Mérignac, soutenue à ses débuts par la région à hauteur de 300 000 €. Un accord-cadre avait même été signé avec l'aéroport de Bordeaux-Mérignac.
Mais les contraintes opérationnelles du site bordelais ont alourdi les perspectives budgétaires et calendaires du programme. La piste paloise fut envisagée, sans suite. Et surtout, la convention État-Région pour le déploiement des fonds France 2030 n'a jamais été ratifiée à temps alors qu'Hynaero avait un besoin urgent de 15 millions d'euros pour passer à la phase de conception.
La scène du Bourget, l'été dernier, restera dans les mémoires : Hynaero exposait sur le stand de la Nouvelle-Aquitaine quand le ministre François-Noël Buffet y annonçait… l'engagement de la région Sud pour 3,5 millions d'euros. Le signal était on ne peut plus clair.
Comme le résumait sobrement Aqui.Media à l'époque, "il est parfois des non-décisions qui peuvent surprendre, mais celle-ci est un vrai gâchis pour notre région" et 80 emplois directs envolés avec.
Istres gagne ce que Bordeaux a perdu
C'est donc depuis le pôle aéronautique Jean Sarrail d'Istres, aux portes de l'étang de Berre, qu'Hynaero écrira la suite de son histoire. Un territoire qui, lui, a su se mobiliser : région PACA, État, collectivités locales, tout le monde a joué le jeu.
Le Frégate-F100, nouveau "Canadair", a quitté la région bordelaise mais il y sera bientôt très attendu pour éteindre les incendies. L'été 2022 avec les mégas incendies de Landiras et La Teste de Buch, restent dans les mémoires, et l'attente est grande pour ces nouveaux avions.
Pour la Nouvelle-Aquitaine, reste une question sans réponse satisfaisante : comment une région qui se targue de son leadership aéronautique a-t-elle pu laisser filer l'un des programmes les plus stratégiques de la décennie, né sur son propre sol ?
Ironie cruelle : c'est peut-être au-dessus des pinèdes girondines que le Frégate-F100 fera ses premières preuves.
Sources : communiqué de presse Hynaero du 22 mars 2026 ; Aqui.Media, "Hynaéro quitte la Nouvelle-Aquitaine"
Mots-clés :
Par Jacques FROISSANT
Directeur de la publication
Bordelais, œnologue, tout allait bien… jusqu’à ce que je dérape dans l’entrepreneuriat RH pour les startups. 😉 Auteur et chroniqueur (L’Express, FrenchWeb, France 3 NOA...), je suis aujourd’hui cofondateur et rédacteur en chef d’AQUI.Media
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