Terres rares à Lacq : vitrine de la souveraineté européenne… sous capitaux américains ?
Terres rares à Lacq : l’usine est en France, l’enjeu est européen… mais l’actionnaire est américain. Souveraineté ou dépendance 2.0 ?

Le bassin de Lacq redevient un territoire stratégique. Ancien pilier gazier reconverti en plateforme industrielle, le site béarnais s’apprête à accueillir une usine dédiée aux métaux et alliages de terres rares portée par le groupe américain USA Rare Earth, via sa filiale européenne Less Common Metals. Une annonce saluée par les pouvoirs publics.
Pendant que certains se précipitent à encenser cet investissement, chez AQUI on se pose une question centrale : peut-on parler de souveraineté industrielle européenne quand l’outil appartient à un acteur non européen ?
Une usine stratégique sur un segment ultra-critique
L’usine annoncée à Lacq doit produire jusqu’à 3 750 tonnes par an de métaux et alliages de terres rares. Ces matériaux sont indispensables aux aimants permanents utilisés dans les moteurs électriques, l’éolien, l’électronique de puissance ou certaines applications de défense. Un maillon critique de la transition énergétique et numérique.
Aujourd’hui, cette étape de transformation est massivement dominée par la Chine, qui concentre l’essentiel des capacités mondiales. En ce sens, l’implantation à Lacq constitue un progrès industriel réel pour l’Europe. Elle réduit une dépendance stratégique, au moins partiellement.
Une filière européenne… mais pas européenne dans sa gouvernance
Le projet s’inscrit dans un écosystème plus large. À quelques centaines de mètres, Caremag, porté par Carester, doit recycler et séparer des oxydes de terres rares à partir de déchets industriels et de produits en fin de vie. L’enchaînement est logique : recyclage, raffinage, métallisation. Sur le papier, une chaîne de valeur quasi complète, rare en Europe.
Mais la gouvernance reste américaine. Les décisions d’investissement, de volumes, de clients prioritaires et, demain, d’arbitrage géopolitique, dépendront d’un groupe basé aux États-Unis. Autrement dit, l’Europe accueille l’outil, mais ne le contrôle pas.
Un projet soutenu par l’État, assumé politiquement
L’investissement est estimé autour de 110 millions d’euros, pour environ 80 emplois directs à terme. Le projet bénéficie du crédit d’impôt à l’industrie verte, qui peut couvrir jusqu’à 45 % des équipements industriels. L’État assume donc un soutien massif à une infrastructure jugée stratégique.
Le pari est clair : attirer rapidement des acteurs capables d’industrialiser, quitte à accepter une dépendance capitalistique. Reste à savoir si cette stratégie prépare une autonomie future… ou installe une nouvelle forme de dépendance, plus discrète, mais tout aussi structurante.
Une chose est certaine. À Lacq, la souveraineté européenne ne se décrète pas. Elle se négocie. Et, pour l’instant, elle se finance en dollars.
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Par Jacques FROISSANT
Directeur de la publication
Bordelais, œnologue, tout allait bien… jusqu’à ce que je dérape dans l’entrepreneuriat RH pour les startups. 😉 Auteur et chroniqueur (L’Express, FrenchWeb, France 3 NOA...), je suis aujourd’hui cofondateur et rédacteur en chef d’AQUI.Media
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